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8 mars 2007 4 08 /03 /mars /2007 15:27

Droit et Poésie

 Langue de Bois

 

 

 

 
 
Les juristes, dont je suis (ou je fus) sont liés aux mots, à la langue, à l'écrit. Des Tables de la Loi de Moïse à l'inflation législative, règlementaire et jurisprudentielle de la modernité confuse que nous vivons, nos métiers sont liés aux textes qui instituent et à la parole qui libère.
 
 
 
Comparer la langue du droit à celle de la poésie, voilà une drôle d'idée. Je l'ai eu.
 
***
 
La poésie est un rêve éveillé.
 
Le processus associatif des idées enchaînées par les mots est peut-être le même dans le poème et dans le rêve. Hors de toute (illusoire) logique cartésienne, avec une autre logique interne, les thèmes et les mots s'imbriquent et s'emboîtent. Il faut surtout bien laisser faire, laisser aller, ne pas forcer ou violer le cours de cette eau qui cherche sa pente et sa voix. rosen.gif
 
Ne pas brimer l'imaginaire. Se pencher au dehors, comme on ne dit pas à la SNCF. Ces mots que j'ai, enfouis, ils revendiquent le droit de se construire comme ils l'entendent. Ils réclament la licence de l'accouplement illégal, hors des sentiers battus, des habitudes prises et des normes de l'autre discours, celui de la prose.
 
Les mots veulent jouer aux mots comme on joue aux dés : pour se surprendre, se suspendre quelques instants, s'éprendre?Merveilles...30951931.jpg
 
On est d'ailleurs étonné de constater que les gens jouent peu avec les mots. C'est curieux car cela ne coûte rien. C'est pratique, c'est facile. La matière première est à disposition en abondance. Il suffit de l'envie de s'extraire de la gangue quotidienne de la langue passe-partout, technique et normative, respectable et codée. Décodons, déconnons !
 
Ici est le Royaume du rêve, celui de l'enfance, de la fantaisie, de l'inattendu. Le lieu du sourire en coin, celui de l'ineffable, du non dit, du moins que rien. Parfois essentiel.
 quillPen
Apprendre aux enfants à jouer avec les mots, c'est les initier à la meilleure des critiques et des dissertations : celles qui touchent à ce qui nous structure, mais nous enferme aussi le plus dans le contrôle social : le langage.
 
 
La langue du droit quant à elle semble être à l'opposé. 34336641.jpg
 
Nous sommes là du côté celui de la norme, de la classification. On cherche par la Loi à organiser, à instituer, à classifier, à donner des repères et des interdits structurants, à geler des situations pour les analyser. Juger. Condamner. Les rapports humains sont codifiés : rapports de force qui s'expriment dans le droit, rapports d'amour qui s'enferment et se sclérosent parfois.
 
Quel est notre rapport à la Loi ? A la morale ? Et quelle loi d'abord ? La française, l'européenne, l'internationale ? Quelle morale ? Celle de mon Père, de ma famille, de mon Eglise ? Celle de mon milieu, légal ou illégal, celle de mes pairs, celle de la prison où l'on m'a enfermé, réelle ou symbolique ? Celle des mots de la langue de bois que les juges me rappellent, ou celle de la vie que les avocats ramènent avec leur fraise, celle de la poésie que les troubadours me chantent ?
 
***
 
D'un côté le pouvoir, de l'autre l?amour. D'un côté l'institution, de l'autre le désir. La force et l'envie. Le noir et le blanc. Thanatos et Eros.
 
Question, Votre Honneur : Et pourquoi pas le contraire ? En d'autres termes, un  donné juridique peut-il favoriser l'éclosion d'une fleur ? Un « texte », comme dit le juriste en faisant référence aux référents (et en faisant comme s'il annexait le langage tout entier, comme s'il le ramenait et le sclérosait en texte de loi et de bois), un « texte » peut-il ensemencer la vie ? Le droit peut-il être autre chose que l'expression du pouvoir ?
 
Je réponds : Oui, marginalement. Et c'est aussi à cela que les avocats et les poètes servent, quand ils sont autre chose que des porteurs de valises et des encenseurs de juges...ou de lecteurs.
 
D'ailleurs, les mots de la poésie eux-mêmes structurent, instituent et enferment. Le moins enfermé des éléments, c'est le néant. Vivre et parler, dire et écrire, c'est limiter le réel, donner un cadre, choisir. Donc, comme le dit André GIDE, se  priver. « Choisir, c'est se priver », écrivait-il.
 
Mais pas se priver de défendre,  d'écrire et de vous parler.
 
 
 

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Published by PIERRE ALAIN GOURION - dans Candide - le Droit et la Justice
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commentaires

Laurene 22/09/2007 16:30

J'ai parcouru votre blog, qui m'a beaucoup intéressé. En effet, je passe actuellement le barreau et l'année prochaine, je me lance dans un mémoire sur "la poésie dans le droit".Je commence mes recherches, auriez-vous des lectures à me conseiller? Ou peut-être peut-on en discuter?J'ai lu attentivement votre texte sur le droit et la poésie, il ets toujours agréable de lire des juristes qui aiment les mots.  

Ben 22/09/2007 18:17

Vous n'avez peur de rien ! Voyez peut-être "Flexible Droit", de Carbonnier. Tâter "poetry and law" sur Google, on trouve des trucs pas possibles chez les amerlocs...qui ont moins d'enfermements universitaires que nous. Faut creuser, suivre son sillon. On en reparle en direct quand vous voulez, je serai heureux de vous aider et de vous lire. Ceci étant, Laurene, PapaMaman vont pas être contents : pour les débouchés, elle n'est pas terrible, votre idée...