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27 décembre 2007 4 27 /12 /décembre /2007 11:56
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Les Interviews imaginaires 


Ben Bayrou, par Sarkophage
francois bayrouBayrou UDF humour Légende





SARKOPHAGE Ben Beyrou, t'as vu mon discours, au Vatican, sur mon super concept de «laïcité positive», yavait même la mère de Carlamonamour ? 

BEN BAYROU. Quand t' as besoin d'un adjectif, c'est que tu veux changer le sens du mot. Il y a dans le discours prononcé à Saint-Jean-de-Latran quelque chose de profond, passé à peu près inaperçu, une remise en cause de la conception de la laïcité républicaine autour de laquelle, depuis la Libération, la France s'est construite. S'exprimant comme président de la République, tu introduis, camarade, la notion de «racines essentiellement chrétiennes» de la France, oubliant le grand mouvement d'émancipation des Lumières. Tu affirmes que la République a «intérêt» à compter beaucoup de croyants. Tu demandes aux religions, toujours dans «l'intérêt» de la République, de fonder la morale du pays. C'est le retour, qu'on croyait impossible en France, du mélange des genres entre l'État et la religion. Ce mélange des genres n'a jamais produit de bons fruits, je te le dis comme citoyen, et je te le dis aussi comme chrétien de conviction.

Le sarcophage en feu - Cliquez pour agrandir Tout le village assiste à la crémation Mise à feu du sarcophage - Cliquez sur la photo pour l'agrandir

SARKOPHAGE Putain, c'est une erreur de parler d'espérance quand on fait de la politique ?
 
BEN BEYROU La République n'a pas à sous-traiter l'espérance aux religions. La République est en charge de réaliser un monde meilleur, et pas d'inviter à l'attendre. Cette conception sociologique de la religion, fournissant «l'espérance» qui fait que les peuples se tiennent tranquilles et respectent les règles établies, on croyait qu'elle était loin derrière nous ! Ce n'est pas autre chose que «l'opium du peuple» que dénonçait Marx. C'est un leitmotiv chez toi, notamment quand tu as parlé des bienfaits de la présence de l'islam pour pacifier les banlieues. En réalité, l'espérance religieuse et l'espérance civique ne sont pas de même nature. Elles ne sont pas du même monde. Au demeurant, la foi, ce n'est pas seulement l'espérance, ce n'est pas seulement pour l'avenir. C'est pour le présent, c'est voir le monde et voir l'autre dans une certaine lumière qui les révèle et les grandit. C'est en cela qu'il existe un humanisme chrétien.

SARKOPHAGE Mais, bordel, Ben Beyrou, t'en fais quoi de  l' aspiration spirituelle de l'être humain, qui existe en chacun de nous ? 

Penmarch > Allée couverte Penmarch > Sarcophage à entailles 

BEN BEYROU L'aspiration spirituelle est un mouvement précieux de l'être humain. Sur ce point, je suis d'accord avec toi. La société doit la respecter. Mais lorsqu'on suggère que la morale républicaine doit se fonder dans les religions, on change d'approche. D'abord, il ne revient à aucune autorité civile de trancher ainsi une question de conscience. Il est aussi anormal de voir un président dire qu'il faut se référer à la religion que d'en voir un autre affirmer qu'il faut rejeter toute religion. Cette orientation, dans un sens ou dans un autre, n'est pas dans tes compétences. De surcroît, en tenant ce discours dans une société plurireligieuse, tu pré­pares les conditions d'un affrontement entre les différentes religions. Car, quand elles se contredisent, qui décidera qu'une religion est supérieure à une autre dans le domaine de la morale et des valeurs ?

SARKOPHAGE Et c'est quoi ta conception de la laïcité ?
 



SARKOPHAGE Celle de Jules Ferry, Sarkofuge ! Quand tu dis que «jamais l'instituteur ne pourra remplacer le pasteur ou le curé» dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, parce qu'il lui «manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance», tu exprimes, toi et tes conseillers, exactement le contraire du message de Jules Ferry. La morale de l'instituteur n'est pas inférieure à celle du prêtre. Pour Jules Ferry, elle est la morale universelle au genre humain, qui prend garde à ne choquer aucune des familles qui confient leur enfant aux maîtres. La laïcité est un bien très précieux que la France a su définir avant et mieux que les autres. Elle détermine un espace public à l'intérieur duquel on ne fait pas intervenir la religion par l'autorité du dogme, et un espace intime, familial, où chaque être humain cultive des convictions, une vision du monde, qu'il ne peut imposer aux autres. L'idée qui fonde la démocratie, c'est la vision géniale que Pascal a exprimée de la distinction des ordres : il y a l'ordre du pouvoir, l'ordre de la religion et l'ordre de la science. Le pouvoir doit garantir la liberté de prier et la liberté de penser dans les deux autres ordres. Mais l'homme n'est libre que si on empêche toute interférence entre ces ordres distincts. De la même façon, quand tu établis un parallèle entre la vocation religieuse et sa vocation présidentielle, tu mélanges ce qui ne doit pas l'être.

SARKOPHAGE T'es choqué mon chéri ?
 
Vers la pyramide de Téti. 80 Photos Autour d'Assouan  

BEN BEYROU Oui. En outre, c'est un paradoxe troublant que celui d'un pouvoir qui affiche chaque fois qu'il le peut sa complaisance avec le matérialisme financier et, en même temps, souhaite faire de la religion une autorité dans l'espace public. Cela s'est déjà produit dans l'histoire. Aujourd'hui, par exemple, chez Bush. Et cela, les citoyens républicains, laïques aussi bien que chrétiens, ne peuvent l'admettre : ils ont quelque chose en commun, c'est le «rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu».

Le musée National d'Alexandrie. 

 cou cou bayrou

Sources : Le Figaro, 26/12/2007, Propos recueillis par Judith Waintraub;


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commentaires

Christian 01/01/2008 13:07

Félicitations pour ces articles où chacun peut puiser quelque chose d'adapté à sa sensibilité ! Il n'y manque que le sport, à moins que le tango n'en fasse partie...Bonnes et joyeuses fêtes !

Ben 02/01/2008 01:34


Dans le tango, il y a certes un petit côté vélo : l'équilibre, l'axe, mais tu ne grimpes pas la danseuse, tu l'écoutes, tu la rends belle. Leurs parles pas de
sport, ça va nous les défriser !