Vendredi 11 janvier 2008
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Manon Reslaud,
Anatomie d'un Don Juan.
photo
Walter Lego
Manon Reslaud ? Connais pas ! Mais qui se cache donc derrière ce pseudonyme évident ? Une mangeuse d'hommes ? Une frustrée congénitale, si j'ose dire ? Une femme en tous
cas, c'est archi sûr, jamais un macho n'aurait pu commettre pareille oeuvre.
C'est que notre écrivaine n'y va pas par quatre chemins : lisez donc sa quatrième de couverture :
« Côté face, j’entrepris le visage : l’arrête du nez busqué, le creux des joues, le menton volontaire déjà rugueux de la barbe du soir, le front immense à
dérider avec précaution.(...)Je descendis vers le torse puissant,

tétant doucement le sein droit puis le gauche. Je grignotai le ventre. Le sexe enfin, que je pus admirer et palper à loisir. Au toucher, il était d’une suavité infinie, de la soie du satin.
Seigneur ! Chaque parcelle de l’anatomie de cet homme était une folie. Ma folie. » Lorsqu’elle rencontre Simon, Fannie ne veut plus d’hommes dans sa vie. Mais l’intensité du plaisir qu’elle
connaît avec lui ébranle ses résistances. Et le corps de cet homme devient son horizon. Dans cette course éperdue à la jouissance, que cherche-t-elle ? Que trouvera-t-elle ?
" (Jacques André
Editeur, Lyon, 2006) 
Tu te rends compte ? Elle n'hésite pas une seconde à invoquer le "Seigneur", son vrai Maître sans doute, pour grignoter la suavité infinie et la soie de satin du
pénis en question. Madre mia ! Stimulante en diable, la Manon, on en redemanderait, si ... !
Bon, sois sérieux, Ben, tu fais une critique littéraire, pas une expo libidinale.
Don Juan. Le Mythe(1). Molière. Don Gioviani. Dom Juan, avec l'accent por favor.Mozart.


Dans Anatomie, le héro s'apelle Simon et l'héroïne Fannie, comme chez Pagnol. Simon est assureur et Fannie rédactrice des pages féminines d’un journal de
province, on ne sait pas lequel et laquelle. Il y a juste un grand fleuve indifférent qui regarde leurs amours, comme deux subjectivités entrelacées.
C'est le roman cohérent, érotique, d'un cheminement amoureux, de sa confrontation à l'autre, à l’homme aimé, à la femme désirée, quels qu’ils soient. Certains amours
laissent des traces. D’encre. Merci Madame.
Elle dit merci aux hommes, au sens de l'humanité. Merci. Merci de quoi ? D’avoir existé ? D’être un mâle ?
Un être humain ?
Elle pleure sans doute sur ses amours perdues, percluse d’écritures rentrées. Elle se console avec ses amants de merde et ses amantes de coeur, et de corps et tu
parles, peaux qui s’effleurent et mange moi tout, lèvres entrouvertes et tu ondules et moi je meure de désir, de plaisir.
Belle écriture. Minois enfarinée, et plume enflammée, Manon Reslaud nous offre le corps même du délit, l’anatomie supposé du macho incontinent, trop rapide en amour, avec de sales mains
aux doigts courts qu’elle n’a jamais aimées ! Quel culot !
Elle n’aime que sa queue, et sa voix aussi, ouf, on fait ce qu’on peut, c’est déjà ça, pleure pas tonton, t’as pas tout perdu.
Sa queue dans un roman comme sujet, non, objet principal !

Mais dis voir, ce ne serait pas du viol, ça ? Et la liberté du bonhomme(2) ? Ne pourrait-on pas faire juger, genre nouveau développement post féministe de la jurisprudence
protectrice d’une espèce en voie de disparition ? C’est plus Vol au Dessus d’un Nid de Coucou, c’est Viol d’Auteure sur Mec à Pénis suave. Belle affaire !
Je pourrais faire plaider par un Maître du Barreau (désenchanté des femmes), on s’en donnerait à cœur joie, faudra éviter le ridicule et demander l’euro symbolique de dommage et intérêts, ou un
million qu’on pourrait reverser à l’Association de Défense contre les Européennes Hystériques, les droits de l’homme c’est pour tous, non ?, et le mâle non homo devient minoritaire, va
falloir faire des Parc naturel de Protection de la Nature masculine, on aura des autobus entiers d’américaines à lunettes d’écailles, genre ethnique ma sœur, avec chauffeuse en battle
dress !
Blague à part, Manon Reslaud va faire bander et mouiller dans les chaumières.
Ce livre, c'est comme une vieille complicité mêlée de souvenirs et d’affection, de connaissance de l’autre dans son corps et son âme, ses contradictions et ses goûts,
ses parfums et ses impasses. Magnifique cette complicité, on la connaît, elle vous connaît, rien à dire.
Chemin faisant et sans désemparer, comme on dit dans les procès-verbaux de police, Reslaud avoue sans barguigner une franche attirance pour les femmes aussi.
Deux femmes ondulantes,
le macho au milieu, mains baladeuses et sexes chauds, je te tiens tu me tiens, mais où donc est passé mon troisième genou ? Images surréalistes. Rêves, douceurs éventées.
Basta l’ironie, que vive la poésie! Solitaire l'écriture, oui, mais on partage bien.
Ce genre de bouquin me donne l'envie de faire mon roman à moi, jardin à la française de la revanche mûrie, comme une demande reconventionnelle qui ne tromperait
personne. 
Le misérable petit pénis de Simon est là, décrit dans le détail, surtout quand il est grand, dur, immense ! Ben oui. Dure réalité masculine. Pauvre petite
bête, va-t-elle se remettre de l’utilisation illégitime qu’elle en fait ?
Illégitime ? Vous avez lu illégitime ? Comment, que dites-vous ? Quoi ? les auteurs hommes qui depuis des millénaires parlent du sexe de la femme ? COURBET, La
Naissance du Monde ?
Pourquoi le auteures et les peintresses et les princesses de l’art
n’en feraient pas autant ? Au nom de quoi interdirait-on aux femmes de faire ce que les hommes ont toujours fait de leur intimité la plus sacrée ?
Ca n’est pas faux, ce que vous dites, ami(e) ; allez, c’est même vrai. Quoi ? Vous voulez que je retire illégitime ? Au nom de l’égalité et du parallélisme des formes et
des droits ?
D’accord, je le retire. Je retire illégitime. Manon RESLAUD a fait une utilisation légitime du pénis. Ca vous va ? Quoi ? J’ai pas l’air vraiment sincère ? Et vous voyez
ça à quoi ? A la tête que je fais ? Vous avez une web cam ? Au style ? Au non dit ?
Je vais vous dire ce que nous allons faire : nous allons faire juger. Nous allons faire juger cette histoire. Simon va déposer plainte, une plainte, tu vois d’ici la tête du (de
la) flic qui va enregistrer sa déposition, pas une simple main courante, une véritable action judiciaire en bonne et due forme, avec référence aux textes applicables,
aux arrétés municipaux idoines, aux Grands Principes du Droit et de la Jurisprudence, au
droit romano germanique, à la Common Law, au Préambule de la Constitution de la IVe République, voire de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, à la Convention
européenne, à feu la future Constitution de l’Union européenne, à la Lex Ferenda, oui je
parle latin, ça vous chatouille, j’en fais un poil troppo, j’en rajoute si vous voulez... On trouvera bien un support textuel applicable bordel !
Je sais bien que l'on a beaucoup écrit, joué et filmé sur le sujet(3). Mais n'est-ce pas dans les vielles potiches que l'on fait les meilleures soupes
?
Juste une idée de ce que ça pourrait donner, façon de réactualiser la mythologie au siècle du féminisme conquérant :
LA REVANCHE
DU PENIS (Premier jet)

Scène 1. Le
mec dépose plainte pour viol littéraire face au flic ahuri.
Scène 2. Flash back sur le début de leurs
amours
Scène 3. Le contrat
amoureux
Scène 4. Le contrat
littéraire
Scène 5. La
rupture
Scène 6. Elle écrit,
seule
Le titre pourrait être :
La Revanche du Pénis
La Revanche de Don Juan
Un Partout
Anatomie d’un
Désir de Morsure
Rêves d’Eunuques
Circoncis mon Amour
Section,
Halte !
ou bien,
LA REVANCHE
DE DON JUAN (Deuxième jet)
I. La plainte au Commissariat (ou son avocate, Me Bouteboule-Oversea)
II.
Flash-back
III. L’inamoramento
IV. Lui
V. Le contrat amoureux, les
cadeaux
VI. Le contrat littéraire
VII. La
rupture
VIII. Elle écrit
IX. L’anniversaire
X. Fin
du flash back
XI. Le commissaire entends l’auteure, qui développe la légitime défense et dépose
elle-même plainte pour tentative de captation d’ego féminin.
XII. Réunion de conciliation chez Me Francesca Bouteboule-Oversea
D'accord, j'arrète de délirer. Lisez donc ce livre, si vous le trouvez encore dans les bacs ou chez l'éditeur. Il paraît que les Don Juan qui tounent bien deviennent mystiques...
Ben

(1) Don Juan désigne à la fois une personne ayant réellement existé et un personnage apparaissant dans de nombreuses œuvres de fiction. La
vraie personne était reconnue pour sa faible moralité et ses conquêtes féminines. Après sa mort, sa vie est devenue un mythe qui a été maintes fois utilisé pour présenter des allégories de la séduction mais aussi du défi à l'autorité et à la morale en soi, et donc autant à l'ordre établi qu'à Dieu.
Fondamentalement, Don Juan recherche et vit dans le plaisir et la jouissance de l’instant présent, en s'opposant aux contraintes et aux règles sociales, morales et
religieuses, ainsi qu'en ignorant volontairement autrui. C'est donc à la fois un jouisseur et un libertin, également égoïste et destructeur. À notre époque moderne post-révolutionnaire on en fait
aussi l'archétype de l'homme (devrait-on dire "le surhomme?") indépendant et puissant, faisant primer le libre-arbitre et la liberté individuelle face à toute "oppression" : contrainte ou
autorité sociale ou divine.
L'usage établi veut que l'on écrive « Dom
Juan » lorsqu'il s'agit du titre de l'œuvre de Molière ou du poème de Baudelaire, « Don Giovanni » lorsqu'il s'agit de l'opéra de Mozart et Da Ponte,
« Don Juan » lorsqu'il s'agit d'une autre œuvre....... (lire la suite)
(2) Dom Juan : un homme libre ?
(extraits)
La figure de Don Juan est une des plus hautes dont on convient d'accompagner le mot liberté. Dans un siècle fortement sanglé par les codes et les
normes, il incarne en effet un refus hautain de toute mesure et proclame les droits du désir et de la raison. A vrai dire, l'alliance de ces deux termes déjà poserait problème si le personnage
de Molière - auquel nous nous limitons - n'était à l'évidence plus soucieux de tester son pouvoir de séduction que de conquérir des femmes en vue de quelque satisfaction sexuelle. Sur ce plan,
la pièce ne peut qu'accréditer l'intuition de Gregorio Marañon selon laquelle "l'attitude de Don Juan devant l'amour témoigne d'un instinct indécis et ne répond pas à l'idée
proverbiale d'un magnifique modèle de virilité ".
Quoi qu'il en soit, cette indifférenciation du sexe opposé pour Dom Juan participe bien d'un projet général de transgression dans lequel la femme n'est tentante que parce qu'elle est entourée
de bastions : à preuve la quasi disparition aujourd'hui du donjuanisme, qui n'a pas survécu à la libéralisation des mœurs, encore moins à l'émancipation féminine. Mais, même située dans les
époques où elle garde un sens, la figure de Don Juan pose quelques problèmes quant à l'authenticité de la liberté qu'elle prétend fonder. Notre thèse voit plutôt dans le personnage
l'incarnation d'un narcissisme inconséquent, qui alourdit ses chaînes au lieu de les briser.
Voyons d'abord les chaînes et de quoi Dom Juan prétend se « démesurer ». Le mariage, bien sûr, promis-juré à la première venue, manière de bien piétiner la sainte
institution. Pour justifier son inconstance, le libertin argue de sa nature (« Je te l'ai dit vingt fois, j'ai une pente naturelle à me laisser aller à tout ce qui m'attire.» (III,5),
.........
(voir la suite)
(3) Bibliographie et videos sur le mythe de Don Juan
sur le Don Juan de Molière
Mises en scène
Marc Favier
Colette
Roumanoff
Daniel Mesguich
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