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  • : Ce site / blog artistique et ludique a pour vocation de présenter mes productions, et celles d'auteurs invités : livres, poèmes, chansons, nouvelles, expositions, billets d'humeur sur la vie culturelle, politique, sociale et juridique, émissions de radion, compositions musicales électro-acoustiques.
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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 11:12

 

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Jeu d'adultes endimanchés, le tango est une promenade, mais elle n'est pas balisée. Celle-ci, je l'avais faite avec Christine Creyx à Crest, en limite d'une rivière aux sensations variées. Elle riait.

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Attention, disait-elle, aux enfants immatures,

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aux Rios de Plata où les corps peuvent se perdre,

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Attention aux rouges ventres des épinoches ennamourés ...

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6.png aux prédateurs secrets,

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... ainsi qu'aux gorgesprofondes trop déployées, ou cachées.

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Là, il y avait des danseuses acceuillantes,

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des cavaliers très concentrés,

_DSC0309.JPGDSC0309 et 

des costauds _DSC0069.JPG

des bonobos vitaminés _DSC0069_2_2.JPG

et de fluettes fillettes filtrées ...

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par un photographe déjanté.


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Il y avait des ongles faits,


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des yeux fermés,


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des couples faits,

 

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des regards,


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des objets ...


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... musicaux ...

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... rythmés ...

 

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des afficionados _DSC0447.JPG

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_DSC0508.JPG des secrets,


des volées,


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des bazars de tangos,

des rencontres ...


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... et des lunes inondant

tous ces meli-mélos.

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 13:03

 

 

TODOS MILONGUEROS !

 

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Hommage à Jacky

 

Buenos-Aires-2010 0449-copie-1

La Confiteria ideal, Buenos Aires

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       L'Envol du Corps

 

 

Les Spectacles de BUBBLE ART et ses fameuses milongas “parakultural” se poursuivent un samedi  par mois. Il s’agit  d’activités culturelles (danses, théâtre, musiques instrumentales ou électro-acoustiques, chansons, poésie etc.) associées une fois sur deux à un bal de tango argentin (milonga). Après le Brésil en mars (gros succès populaire), nous retournerons à Buenos Aires en avril.

Ce sera pour notre rentrée printanière le
   
   SAMEDI 16 AVRIL 2011
   
à  19h30
   Dans les locaux de Bubble Art (1)
   69100-Villeurbanne
   (Metro République, Bus C3)

Avec pour thème et pratique de stricte obédience 

TODO MILONGUERO !

Toutefois, il en est des tangueros et tangueras comme des autres, les non-croyants, les agnostiques : le débat entre tradition et modernité les traverse, les transperce, les disperse.
C’est pourquoi la milonga des corps en tango sera précédée d’une milonga des esprits chauds (devant), avec une conférence débat (oscillant entre sérieux, poétique et ludique) illustrée de musique électro-acoustique et de corps en mouvement sur le sujet suivant :

  
FONDAMENTALISME ET METISSAGE DANS LE TANGO
DU MONDE
 
avec 
Pierre Alain Gourion (3) aux manettes

Les illustrations dansées seront improvisées par
Malika Pitou Nicolier et 
Haris Hatzimihai[4], qui nous proposeront, plus tard dans la soirée, une démonstration de leur tango à eux, deux en un

 Au programme donc 

 ·   19h 30                  Conférence illustrée et débats

 ·   20h30                   Apéritif dinatoire assis/debout (Vache sacrée)

·   21h30                   Milonga TODO MILONGUERO !

 


Accueil        Agathe, Marie F.                    
DJ                 Marthe, qui mitonne déjà ses tangos archi trad

Entrées        Daniela, Jordan
Com             Dominique Noëlle
Bar               assuré par l'insoutenable Gess                                                       
Animation  Marie G et Christine
  
   
   PAF : 10 €, étudiants chômeurs 5 €, Milonga seule à partir de 22h 5 €.
   
Merci de signaler votre présence par un courriel. L'adresse vous sera alors communiquée.
 
   
Manifestation suivante à confirmer: Samedi 7 Mai  2011.

 
   
    pour Bubble Art
   
Christine Creyx-Molina             
Marie Gourion                           
Dominique Noëlle Jourdan      
Marthe Mallet                            
   
P.S. On peut aussi, en plus, adhérer au projet de Bubble Art (par courriel en retour ou par le profil Facebook ci-dessous). Faites connaître vos idées, critiques et suggestions ! Transgressez les consignes ! Les printemps naissent ainsi...


[1]http://www.facebook.com/group.php?gid=126625064030166

[3]http://alaingourion.over-blog.com
     http://www.facebook.com/profile.php?id=100001024371316

[4] http://www.youtube.com/watch?v=wx28svkKQsU
      http://http://www.youtube.com/watch?v=wx28svkKQsU
      http://www.youtube.com/watch?v=JmAnj89lK6M

 

 


Buenos-Aires-2010 1924

A travers le Miroir, Dessin d'Allen Morfoot


 

Pierre-TIKAR-002-R-R-d-tour-e.jpg

Homme debout, pierre monolithique Tikar, coll.part.


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Jacky en Milonguero

 

 

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Mains, Pieds
 

    

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Buenos-Aires-2010 1346-copie-1

Macho Chien à Buenos

 


Toutes les photographies de cet article sont de PA Gourion.
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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 07:33













Bubble Art et Studio Tango Argentino organisent une milonga

le jeudi 4 juin, à partir de 20h,

2!, rue Anatole France à Villeurbanne
(métro république).
PAF : 5 €


Nous acceuillerons Mariana Florès et Eduardo Capussi qui donnent un stage à Lyon.

 
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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 17:30
(15) Cantiques en bas résille





A cet instant, passant devant la rangée de dames adossées au bar, occupées à guetter l'improbable sauveteur qui les inviterait..., arrive Gin Comics, son sac de chaussures encore à la main.
 
On se «  pète la miaille», comme on dit dans le quartier, pour le rituel de la  bise qui ne signifie rien, ou si peu.
 
 - Salut Pit Bull' ! Ca pulpe ?

 - Salut Gin ! Comme tu vois... c'est Pulp fiction 24/24. Et toi, ça va?

 - Mouais...je crois que je ne  vais pas traîner ce soir. Tu vois, c'est dingue ça : y a encore personne pour danser !

Toujours aussi léger et galant, ce cher Comics ! Et nous ?

Rien, à faire :  c'est son style. Sobre, c'est sûr,  mais grinçant.

 « Gin »à cause, probable, de son immuable pantalon de cow boy décoloré. Et haut,  par contre,  la plus chouette collection de chemises fantaisie de tout le Conventillo et Daxon réunis. Du style tribal à Hawaï, en passant par l'impressionnisme, il est à lui seul, au fil des milongas, une sorte de BD vivante. D'où, sans doute, « Comics. ».  A moins que ce ne soit pour sa mine de Carême prenant, mais  qui se bidonne grave en dedans ?

Ce mec m'a toujours prise pour un camarade de régiment. Pourquoi donc imaginerait-il un instant de danser avec moi ?

C'est arrivé , quelques rares fois , où il luttait fort contre l'ennui. Quand il est de bon poil, il peut aller jusqu'à m'appeler P'tite Bulle. Je préfère. Avant qu'il s'éloigne, je règle un point de détail :

 - Dis voir,  Gin,  elle serait pas un peu relou, ton histoire que tu m'as mailée cette semaine? Tu sais « Schtroumpfette et Blue tooth ». C'est à cause de mon collant bleu de la dernière fois, hein ? Je te revaudrai ça, Gin ! T'inquiète pas, et choisis bien tes prochaines chemises :  je n'ai pas dit mon dernier  mot ! Bonne danse quand même !

Trois haussements d'épaules en guise de rire, le nez qui se plisse de joie intérieure , un petit sourire entendu, le voilà content de lui. Réassuré il  s'en va plus loin, à la quête de la partenaire possible .

 - Tu sais quoi, Flore ?

 - Dis-moi ?

 - On en a tellement vu, sur ce maudit plancher du Conventillo, qu'il faudra bien qu'un jour on laisse une trace pour la postérité.

 - Bulle tu m'inquiètes. Tu ne vas tout de même pas graver tes mémoires sur les piliers ?

 - Te bile pas, Flore. Pas assez de piliers, tu penses !

 - Tu me rassures.

 - Non plutôt un feuilleton king size Un bon vieux roman fleuve. Une saga ...Et toutes les larmes de sang qu'on aura pleuré en dedans, on pourra enfin les lâcher !
 
 - Avec du suspense, des doutes silencieux qui nous prennent à la glotte,  malgré  la murga  ou la milonga à fond ?
 
 - Avec nos plus belles fringues,   avec de l'espoir,  des attentes, de la rage et des pleurs .Comme dans la vraie vie ?

 -  Et encore, ça ne tiendra pas tout !
 
 -Tu veux dire, si je te suis bien, un peu  comme des rouleaux de la Mer Morte,  qui raconteraient le Désert des Tartares sur le Rio de la Plata ?

 - Oui, voilà,  c'est ça !Génial !... tu vois, ça vient !

 - On serait dedans, belles, inaccessibles, incomprises,  tristes et lasses  comme des icônes, ou mieux, des madones... ?

 - Tout ça oui...En fait, non,  les icônes ; ça ne croise pas les guiboles  et c'est regrettable, car dans le tango... ça aide ! Si ça ne t'ennuie pas, d'ailleurs, dans le remake des Tartares,  tu serais Sophie Marceau , et moi Catherine Deneuve...Rapport à la couleur des cheveux, bien sûr ! Pas seulement parce que la Deneuve se faufile sous l'édredon cramoisi de Gégé, le  beau gradé. Ah un amour en pur  velours...Tu crois qu'il dansait le Tango, Gégé ?  

 - Tu vas nous faire dériver, Bulle. Sors de sous cette  couette immédiatement !

 - T'as raison Flore, le monde appartient à celles qui se lèvent tôt. Pour rentrer se coucher.

 - Ne plaisante pas, Bulle, on refait l'histoire. On ne peut pas bâcler.

 - Ah oui il ne faut rien oublier

 - Des siècles plus tard, on  tirerait de ces aventures humaines  une philosophie, ou une religion. Et  le Conventillo en serait le temple !
 
 - Ouaip ! C'est tout à fait ça. Un temple avec des cantiques qui se dansent en bas résille, et des petits anges avec des gueules en sucre et des cheveux plaqués!On tient déjà la Trinité, c'est parfait !
 
 - Tu crois que ce sera un bon  témoignage pour la jeunesse incrédule ?

 - Faudra tout dire de A à Z, tout le parcours : nos laborieux débuts sans fin et la suite ...
 
 - Nos  brûlures   de petites sirènes en talons hauts...

 - ...et aussi, notre incroyable  rencontre chez les Inuit ! Je n'aurais jamais cru qu'elle m'amène ici...

 - Je te l'ai dit depuis le début Flore ! Je l'ai flairé. Sous ton tailleur Chanel coinçé-guindé d'attachée d'ambassade, se tortille une tanguera native! Et explosive ! Et que ça va trembler dans tout le  Conventillo, et  jusqu'à La Boca, le jour où tu vas tailler un short dans ta chrysalide en tweed !

 - Oups ! tu n'exagères pas un peu mes facultés d'adaptation ?

 - Fais toi confiance pour la danse... et fais moi confiance pour les images ! D'ailleurs,  tu pourras traduire nos aventures pour tout le Monde Hispanique. Avec tous tes contacts par là bas et dans l'édition. C'est pas un beau programme, ça ?

 - Tu crois sincèrement que ça risque d'intéresser au moins un lecteur ?

 - De la soie, je te dis ! Lanzmann a raconté ses trecks au Népal. Ou par là haut, dans ces montagnes où il n'y a pas un chat . Cousteau les amours des anémones de mer et des poissons-clowns...Alors franchement,  nos élans brisés de jeunes femmes en fleurs et nos dépits déchirés  sur fond glamour de bandonéon,  ça devrait faire un tabac ! D'abord, c'est un devoir de mémoire,  envers la génération montante ! .

 - Dans ce cas...on en reparlera, si tu y tiens. Mais pas ce soir si tu permets. Je dois rentrer.

- Je  dois y aller aussi. Demain, labeur .

 - Fais de doux rêves, Bulle!

 - Toi aussi Flore !  

 - Il vaudrait mieux  qu'on évite les rêves de milonga, alors ! Bonne nuit !
 
 - Quoique pour le peu qu'on a dansé, on n'aura pas mal aux pieds : ça ne devrait même pas nous réveiller .

 - Au fait Flore, tu ne m'as pas dit pourquoi tu es désespérée... ?

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Published by Ben Mariclé - dans Tangos y tangueros
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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 17:10
Le code tacite des regards.





Résumons mes délires à moi, Bulle.

En Bourgogne, en l'an mil,  un pape.

Et un sage -pas si sage ?-  auprès d'une jeune fille rangée.
 
Sur l'A6 depuis le siècle dernier, un drôle de moine, le frère Antoine.

Au « Conventillo » temple local du tango, depuis toujours , des  personnages incroyables, moines ou pas.

Hauts en couleur. Zarb' à donf !

Moi, ça me réjouit . A ça aussi je dois être accroc ! Et quand je ne danse pas, ça me remplit de les regarder. Malgré ma myopie, ou peut-être grâce à elle, qui renforce le pouvoir séparateur, et donc le sens du détail,  j'ai le regard analytique et acéré du caricaturiste. Heureusement, pas le crayon. Je me ferais des ennemis. Je crois pourtant,  que même les yeux fermés, je saurais les dessiner. 

Parfois, je me demande si tous ces Messieurs, assis tout près, et  qui ne m'invitent jamais, ne le font pas exprès, pour que je les regarde. Sont-ils secrètement affairés à une démarche spirituelle ou monacale ?  Ont-ils  prononcé le vœu de ne jamais danser avec les blondes ? Sont-ils à ce point enflés d'eux-mêmes ? De leur petit talent de société, de bien danser ? comme on a une belle écriture ? Ou le plus beau cartable ? Surtout ne jamais croiser mon regard. Au cas où j'en déduirais stupidement que j'existe à leurs yeux. Ou qu'ils vont me considérer assez pour me faire danser. Chacun cherche, affectant  un discret  mépris, à éviter, justement,  la méprise. Et respecte le code tacite des regards. Ca protège, d'une certaine façon, cette mise à distance.

Les premières années, ça me rendait folle de rage.. Danser ensemble la veille, et s'ignorer le lendemain ?

Impossible, non ?  Oublier le bon moment passé, et mon prénom avec ? Ne pas me connaître encore après des mois de présence. Et pas seulement moi, bien sûr : c'est pareil pour les autres femmes. Ca me rappelle Divina  Kalinova, ma prof de danse. Etoile ternie  qui ne brillait plus que pour elle même...Elle ne me connaissait que le jour où ma mère apportait le chèque. Au Conventillo c'est pareil. On ne nous reconnaît que s'il n'y a pas de chair plus fraîche, un joli petit cul de passage.

Comment est-ce possible ?  Je pensais ne jamais m'y faire.. Timidité ? Goujaterie ? Usage, comme un dress code ?

Flore revient sagement s'asseoir seule,  après la série, la tenda, si on veut employer le mot codé.
 
 - Bon, ça y est , Flore, tu n'as pas perdu ta soirée, tu auras dansé au moins une tanda ! C'était bien ?

 - Oui, si on veut...mais non... Car vois-tu, je me suis sentie un peu crispée, à force d'avoir attendu si longtemps. Et je n'ai pas pu  donner à ce Monsieur  le meilleur de ce que j'ai appris .Le pauvre, depuis le temps qu'il attendait pour m'inviter.  C'est bien la peine d'avoir suivi tous ces stages, pour être décevante comme ça !

 - Justement, moi,  j'ai trouvé que tu avais encore progressé, et je tenais à te le dire. T'inquiète pas pour le Monsieur , Flore. Apparemment tu ne l'as pas traumatisé. Il doit même aimer la difficulté. Regarde : il est déjà reparti danser avec la petite rouquine qui a débuté la semaine dernière. C'est émouvant, non, cette persévérance pédagogique soudaine, du tanguero aguerri ?

 - Tu as raison, Bulle. Un prosélytisme aussi désintéressé... doit leur demander beaucoup d'abnégation !
 
 - Ben moi, franchement, leur petit côté  « adhérent tardif Camif » .... ça me gonfle à donf. Et aussi  d'avoir appris autant, et de ne pas danser. Et de les voir s'acharner sur les premières venues les plus godiches, pourvu qu'elles aient l'air ingénu ! Ca me taraude à m'en faire péter la quadrature de la sphère. Après on se demande pourquoi je ne tourne pas rond.

 - N'as-tu  pas une petite pincée de jalousie ?

 - Une citerne, et ça va exploser à la prochaine étincelle !
 
 - Ne te mets pas dans un état pareil. Profites en pour observer tranquillement. C'est formateur, tu sais bien.

 - Observer ? Des fois j'observe tellement bien, que j'en ai les spikes qui poussent !

 - Ca doit faire mal, non ?

 - T'imagines même pas...A moi, surtout. Tiens , voilà , justement ! Si on veut se la jouer maso, ce soir, on tient encore une super occase de ne pas danser ! Y a toute la panoplie.

 - Ah bon, où ça ?

 - ...Ah !... je vois que  la mortification t 'intéresse, Flore... ?


 - Pas trop. Mais histoire, juste,  de ne pas mourir inculte... Où est l'icône ?

 - Vise discret sur ta gauche, par dessus ton épaule.
 - Lequel ?
 - Non, derrière toi, dans la niche  cintrée romane. Tout le bouquet : les trois  têtes  qui brillent. Leur Madame , elle a dû acheter  Plizzzzz, et elle les fait briller pour la milonga.   Trois « chérubins »  dans leur mandorle. Y  en a deux qui arrivent direct de Grévin, et le troisième, avec son petit accent, que j'ai entendu tout à l'heure, m'étonnerait pas qu'il soit échappé de chez Madame Tussaud. Tu ne peux pas te tromper. Tu les vois ? Avec leurs accoutrements et leur airs mystiques. Sont-ils pas mignons ?
   
Flore se retourne vers moi, pouffe et se retient de rire nerveusement pour reprendre la conversation.

 - Tu les connais ?  
 - De vue seulement...c'est mes "To be  D.A.F" Un genre de  boys band de jeunes... qui a vieilli là. On les sort de la naphtaline deux  fois par semaine.  Les habitués ne font plus attention. D'ailleurs c'est pas forcément toujours les trois mêmes. Je crois qu'il y en a qui jouent remplaçants.

 - "To be." quoi ?
 -  To be DAF : Donatien, Alphonse, François. Dans l'ordre ou dans le désordre, aucune importance. Ils se ressemblent tous . Et le cuir, ils le portent en dessous. Ou dans la tête plutôt.   Tu vois bien qu'ils n'ont pas l'air commode : Sexagénaires. Austères. Déroutants. Extravagants. De petits Marquis bien dévoyés, qui auraient posé la perruque Louis XVI au vestiaire, , pour se rendre anonymes dans la foule. Je les trouve inquiétants. Pas toi,  Flore ?
 
 - Avec tes histoires de Bourgogne, , je leur trouvais presque un petit côté Bénédictin en prière.

 - Mais non ! Flore tu te laisses bluffer par leur frime !. Ceux là, c'est pas Frère Antoine. Rien à voir, y a pas photo ! Regarde : ils n'ont pas les sandales...Pas le style non plus. Pourtant, tu vois, eux aussi sont accrocs. Ca leur rendrait presque un peu d'humanité. Ca fait des mois et des années qu'ils occupent cette  niche « romane» au Conventillo. Et qu'ils préfèrent rester figés là  à nous faire quasiment  peur , plutôt que de  danser avec des partenaires « pas hyper top »...comme nous. Comme s'ils allaient se déprécier, se galvauder  à notre contact.  Trois moines figés là, comme dans la pierre. Défroqués. Mais guindés. Calcifiés.

 - Ou alors peut-être qu'ils sortent d'une secte  ? Qui sent discrètement  le soufre ?

 - Ou encore,  c'est, l'Abbé Frollo et Quasimodo. Mais  le troisième, tu vois, ça ne  peut pas être Esméralda.
 
 - Le... bouc, alors (...) ? tente Flore en tapant des cils, pas mécontente.
 
-  Ca alors, j'aurais pas osé moi-même ! Flore je suis fière de toi quand tu te lances  dans l'image d'Epinal. Et si on finit de poser  le décor, ça nous fait trois belles gargouilles de granit rose,  pour compléter la cathédrale !  

Les  mâchoires serrées, les yeux fixes,  perçants, planant au dessus de  la piste, ils ne bronchent pas, pendant les tandas. Ils semblent guetter une proie. Ils scrutent, détaillent, effeuillent en pensée les nouvelles recrues, ou les rares vraies tangueras qu'ils peuvent encore éblouir.

 - Le grand musclé, en T-shirt, ce serait dommage de cacher sa boucle d'oreille de jouvenceau attardé...Un  mauvais( ?) génie, qui n'a pas retrouvé sa lampe.

 - T'as vu, Flore, lui aussi,  il se la joue Monsieur Propre. J'en parlais, il n'y a pas une heure. C'est une histoire d'hormones, il paraît. Ca marche impeccable sur les midinettes et les shampouineuses. Ca les envoûte et plouf, elles tombent. Elles se pâment. 

 - Et le plus gringalet, avec ses baskets de compète,   je l'ai vu tout à l'heure danser tout en volutes et en pavanes, autour de la pigeonne du moment. Pas si mal, d'ailleurs. Enveloppant.  Le regard concentré sur soi-même, en direction des genoux. On aurait dit que c'était pour mieux se regarder le nombril !

 - Faut dire qu'à force de se le flatter mentalement...Mais t'as vu , le troisième qui ne danse pas depuis le début ?Avec cet accent bizarre... On ne le connaît pas.

 - Il a une tête de déjà vu , qui m'intrigue.

 -  Rien que de les apercevoir de loin,   j'ai le squelette qui grince et la chair de poule.  Pas envie de leur  tomber dans les pattes, d'une façon ni d'une autre. Evidemment, je sais bien  que je ne cours aucun risque... Puisque j'ai passé  depuis longtemps la DLU des 30 ans fatidiques.

 - Tu sais, ils sont hiératiques et coincés,  comme les quatre présidents ...aux USA.

 - J'te le fais pas dire : Le Mont Rushmore comme si on y était. ! si ce n'est que franchement, même à  trois ,  ils n'ont pas tout à fait une frimousse de  grâce présidentielle. Et pas non plus la rose rouge entre les dents.

Pour le fun, nous nous  retournons  encore une bonne fois sur ces merveilleux sujets d'inquiétude... et d'un commun éclat de rire nous trouvons une heureuse conclusion :

 - Si c'est tout ce qu'il y a comme partenaires disponibles, ma pauvre  Bulle, je crois qu'on n'est pas près de danser !
 - T'as raison Flore,  c'est pas demain qu'on va se faire peur de près, avec ce genre de gourou d'opérette ! Merci, mais non merci. Plutôt se remettre à la broderie ! Laisse béton, c'est de la pierre !...

 - Avec même pas de cœur sous le caillou. Allez , zou !


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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 16:56

L'aumône d'une invitation




Ma Bourgogne  natale est empreinte de l'histoire des communautés  monacales.

Enfant, je suivais inlassablement le parcours  des moines de l'abbaye de Cluny. Visitant fréquemment le réfectoire, le cloître,  les cellules des moines,  qui les abritaient bien avant l'An Mil...   

La vie à l'abbaye, ne m'enthousiasme en fait pas totalement. La  prière et le jeûne, non merci, très peu pour moi !

Comment faisaient-ils ? Se lever avant le soleil, travailler, chanter, supporter les autres avec bonhomie, et quasiment rien dans le ventre...De saints hommes assurément ! Seule une passion chevillée au corps pouvait les rendre heureux. L'amour de Dieu, sans doute.
 
 - Tu vois, Flore, à l'époque, je n'y songeais pas. Mais maintenant, une évidence  m'insupporte ! Même que carrément, ça m'irrite. ! Tous ces hommes, qu'on a  occupés à servir Dieu à genoux, à jardiner accroupis, et à dormir debout de Matines  à Complies. Tu te rends compte ? A quoi ont-ils servi ?  Si on en avait fait des tangueros ? On ne serait peut-être pas là, à s'enquiquiner sur nos bancs , en attendant l'aumône d'une invitation ! Le Bon Dieu n'y aurait vu que du feu. P'têtre même qu'il aurait trouvé ça génial, cette harmonie entre hommes et femmes.

 - Juste pour le fun, pour la danse, sans arrière pensée ?

-Oui, juste clean, comme on voudrait ! Bien sûr, il y a la question de la descendance, de la formation. Ou  du compagnonnage...Il aurait fallu que nos aïeules entretiennent le « parc » ! Parce que, question génération spontanée, les moinillons, bernique ! Copains-copains, ça oui, paraît-il ! Mais prêts à prendre des responsabilités de famille, je doute !

 - Mais Bulle qu'est-ce que tu racontes ? Tu sais , qu'avec des plans  pareils, tu te serais fait épingler  par l'Inquisition, bien  avant que la Cumparsita flotte sur Rio de la Plata ?! Parle moi plutôt de ton abbaye, je ne connais pas celle ci.

Et je lui décris, ce qui me semble se dessiner au premier regard. D'abord un immense décor de pierre blanche. Somptueux mais simple, sans ostentation. Solide, élégant.  Roman, avec un peu de gothique sur la fin. La construction fut longue. Et sur trois niveaux se recouvrant, deux clochers subsistent d'entre les sept. Le son ample et rond de la cloche à chaque quart d'heure. Plusieurs tours et clochers. Le  farinier des moines, tel une nef, avec sa charpente de châtaignier en coquze de bateau inversée . Il est  devenu musée lapidaire.

Des noms prestigieux me faisaient rêver : Le pape Gélase. Un pape en pleine Bourgogne, qui l'eût cru ? Délocalisé pour échapper aux taxes de la mafia sur le vin de messe. A ce qu'on dit. 

Abélard, le philosophe amoureux qui se retira ici,  Héloïse... Je n'accédais pas aux détails contrariants de leur mésaventure, qui frappaient les adultes. Les hommes surtout... qui ont la compassion génitale aisée... quand il s' agit de virilité en péril. Ah s'ils avaient connu le tango : plus de problème de rencontres interdites. Mais je rêvais de ce petit monde affairé, se recentrant pour les temps de prière, et de chants en chœur sous la nef immense.

Et le silence recueilli du repas . Du pain, un peu de vin du cru, des légumes du potager. .  Au moins, c'était bio. La prière aidant à  faire oublier la frugalité. Du jardin médiéval, les simples  sagement cultivées en carrés, nourrissaient et soignaient. Le jardin , quel merveilleux espace de vie créé par l'homme. Ordonné avec rigueur par un soin constant., dans un souci de productivité comme d'esthétique. Les banquettes herbeuses, les pavements de céramique bleutée, les plessis tressés, les topiaires,  les cloches de verre pour les salades.

Hélas, les traces de cultures vivrières ont disparu. Subsistent des  allées et des pelouses étendues et calmes.. La puissante senteur du buis des bordures, suffit à faire remonter la pensée au Moyen Age.  Beaucoup d'arbres odorants, comme le  tilleul séculaire.

 -  A t 'entendre, Bulle, on dirait  Alice au pays des merveilles !

 - En fin de compte, tu vois Flore, au «  Conventillo » ce  n'est pas si différent. C'est un peu le principe de la basilique médiévale.

Après un temps d'initiation, On entre, on sort librement, en groupe ou pas. On se réfugie, on partage, on refait le monde. Avec Dieu pour témoin incrédule. Ici, le carré, c'est autre chose. Mais il est toujours tracé au sol par l'homme. C'est une base universelle  aussi. Le silence, la ferveur,  la rigueur, indispensables pour bien danser. Les  banquettes  d'ici ont perdu leur herbe. Dommage pour  nous les femmes, qui les connaissons trop bien, à force d'attendre.

 - Heureusement, on a la prière intérieure pour espérer danser, et le vin argentin pour se griser. Parfait pour pouvoir prendre un rôle, dans  ce genre  de mystère, n'est-ce pas Bulle? Pour s'y sentir admis, accueilli... 


En l'An Mil , Les Playmobil comme les poupées-mannequins  n'existaient pas. Au début des  années soixante, très peu.

Mais il y avait  beaucoup mieux, pour  rêver, sans avoir à  manipuler des jouets. Regarder, et imaginer. Dans toutes les vitrines du village, tous les foyers, figuraient des objets de faïence, ustensiles du quotidien, représentant des moines en bure brune, ceints d'une cordelière. Gras, chauves , dodus et goguenards. Pichets , coquetiers, salières et poivrières  témoignaient sous une joyeuse apparence humaine,  d'une vie heureuse dans la maison du Bon Dieu. Insouciance de l'après-guerre ? Débordement de l'abondance après la malnutrition? Piété sincèrement  épanouie ?

Leurs glorieuses petites bedaines me parlaient en direct, à moi , la Boule gourmande. Ces figurines me touchaient et me réjouissaient. J'aurais tellement aimé en avoir une. Juste un pot à eau.  Juste un bon gros Bénédictin à la trogne réjouie !! Mais à la maison, le kitsch proclérical du début des sixties n'était pas en odeur de sainteté...Donc adieu chers moines domestiques ! Un jour, quand je serai grande, j'en aurai un rien qu'à moi ! Na !

Dire qu'un jour vous serez supplantés, dans votre mission de paternelle et virile présence auprès de la ménagère, par Monsieur Propre. Un sex-symbol mâle dans la cuisine ! Libération des mœurs ?  La calvitie n'est plus seulement rassurante. Elle devient un puissant  atout de séduction.  Sans doute pas un hasard. Paraît qu'il y a un lien direct entre ce minimalisme capillaire et le taux d'hormones mâles.

De nos jours, l'apparence physique compte ! Et pour accéder au tango, qu'on soit homme ou femme, il vaut mieux  plaire. Etre bien sûr « conforme », mais  avoir une identité forte, reconnaissable.  Si possible, avoir un style, et pas n'importe lequel .


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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 16:22

Frère Antoine







Je résume donc, pour Flore, cette apparition éphémère, qui m'en évoque d'autres, plus familières. Ce samedi,  j'étais tout occupée à ne  pas rater le rendez-vous de mes amis en  Bourgogne. Ils m'attendaient pour festoyer. J'étais pressée de les retrouver.

Eux, et la douceur du verger à l'heure de l'apéro.  J'en avais oublié jusqu'à son existence. A lui, là-haut.

En une fraction de seconde, sa silhouette bizarre m'est réapparue en bloc. Debout  sur sa passerelle,  animée du même geste qu'autrefois,  Il agite une colombe de la paix toute  blanche,  découpée dans une plaque de bois. Avec un mouvement de  métronome, réglé sur molto ramollo. 

C'est Frère Antoine . J'ai retrouvé son nom sur le web en rentrant. Quelques journalistes ont fait des sujets sur lui. Il  fait descendre sa bénédiction sur les voyageurs de l'A6 , du haut d'une passerelle, près de Mâcon. C'est toujours mieux que des parpaings !  Ou des tartes à la crème, à la Belge. Quoique...

Je n'ai pas réagi assez vite pour répondre à son signe. Ca m'a agacée, car j'ai une tendresse pour ce pauvre hère.

J'aurais aimé lui signifier «  bonjour », au moins.  Lui montrer qu'il n'est pas si seul dans ce monde en tourbillon.  Les bondieuseries, c'est pas dans mon registre. Mais, tout de même ! Un petit signe de reconnaissance, de considération. Ca ne mange pas de pain et ça peut rendre heureux. Je n'ai pas eu le réflexe. Pas assez rapide.

Là aussi, c'est un peu comme à la milonga : si tu te déconnectes une fraction de seconde, si tu n'es pas là, le regard présent au bon moment, c'est planté. Trop tard, le contact est coupé. C'est loupé, et l'invitation à danser avec. Souvent pour un bon moment. Et alors là, la solitude, tu te la gères comme tu peux.

 - Accroc, Flore, tu ne crois pas, qu'il est accroc ?

 - Accroc, mais à qui, à quoi ?

 - Accroc. Justement, j'sais  pas trop à quoi il carbure, lui. Aux gaz d 'échappement, aux âmes perdues de l'A6 ? Au Très Haut, dont il s'est approché de dix mètres ? Accroc, ça veut dire que tu es là tout le temps et que tu ne peux plus faire autrement. C'est comme ça qu'on ricane  de moi.  Mes copines me disent :

 - t'es accroc ma pauv' Bubble, voilà tout !

quand elles n'osent pas me dire que je suis raide déglinguée .
 
 - T'es pas bien, de refuser le restau avec nous, pour aller  au tango ? Surtout si tu ne danses pas, comme la dernière fois ! T'imagines ? Nous on aura bien mangé et bien rigolé, et toi, t 'auras passé ta soirée à poireauter !

Je leur répond que ça ne sert à rien de me dire ça, de toute façons. Si je ne vais pas au tango, je vais y penser tout le temps , et je vais finir par être désagréable.

 - D abord, je ne suis pas la seule à être accroc! Hein, t'as vu, Flore ?  J'en connais plein d'autres qui sont là , au «  Conventillo », à    l'Algodon, au Caracol enamorado,  ou à La Platte enchantée,  presque tous les jours. On ne pourrait même pas dire pourquoi. Eux non plus, d'ailleurs.

Mais lui, ce pauvre bougre, perché  là haut, il n'a rien d'un tanguero. Sauf l'assiduité  de sa  pratique. Et une foi inébranlable, et inexplicable.

Et aussi, il tient toujours sur son axe, enraciné, souple. Il épouse le rythme de cette drôle de musique, dans le flot des autos . Il plane sur l'humanité  défilante. C'est un peu  comme ici, tiens : la foule  passe et repasse. Et ça bourdonne. Et sa vie à lui, au dessus,  n'est que prière, espérance  et communion éphémère avec l'autre.

Ca me rappelle le passage d'une chanson d'Atahualpa Yupanqui « Un dia, yo  pregunte : Abuelo, donde esta Dios ? » Evidemment, le grand -père n'a pas la réponse. Et lui, l'homme de Dieu ? Qu'en sait-il ? Qu'en pense-t-il ?


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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 22:51
 
Le Conventillo



Il est toujours là !

Incroyable depuis toutes ces années. Je le croyais disparu. Pourtant, il tient toujours debout, et il reste actif comme au premier jour. Qu'il pleuve, qu'il vente. En cette fin d'été, la chaleur est lourde, mais ça ne l'arrête pas non plus.

Il a pris de l'âge et ses traits se sont creusés. Plus d'une soixantaine d'années, c'est sûr. Mais toujours la même passion acharnée, immuable, persévérante. La passion, ça , c'est un truc qui ne s'explique pas. Ca se vit, dit-on au Conventillo. Dieu ne s'explique pas. Il se vit. Le tango aussi. Mais il paraît que ce n'est pas donné à tout le monde. Et pas toujours sans peine.

Lui, en tous cas, il ne plaisante pas. Il a la  même tenue qu'autrefois. Peut-être d'un bleu un peu moins soutenu, un rien passé. Cet homme est rare. Animé d'une foi hors du commun, hors des temps. Il n'a rien à lui, mais  il donne tout. Toute son énergie. Toute sa vie. A qui veut, à qui ne le connaît pas , à qui ne lui rendra rien. Un moine.
 
Vous qui voyagez parfois vers le froid, vous l'avez sans doute déjà remarqué, vaguement salué, ou juste  aperçu. Peut-être simplement un peu trop tard, son image se diluant en un instant dans le rétroviseur de vos souvenirs délavés. Bure bleue délavée, elle aussi , capuchon rabattu, protégeant  son crâne. Il y a près de dix-huit ans que je l'ai vu pour la première fois, au même endroit. Un moine, je vous dis.

La milonga du dimanche soir au «  Conventillo ». Le Conventillo  bien nommé,  c'est le couvent des vieilles midinettes assoiffées de tango, des murs crasseux, avec des  plafonds en ogives et du salpêtre de haute époque. Moi, Bulle, j'y retrouve Flore, assise , seule, un peu tassée dans son coin. Limite tristounette. Mais trop impatiente de lui raconter ma vision, je ne lui demande même pas ce qui se passe, ce qu'elle a, pourquoi elle a l'air désespérée. Je ne m'en fous pas de son désespoir, non, mais mon histoire va tellement l'étonner, qu'elle en oubliera tout son tracas imaginaire ou réel.
 
 - Holà Flor de milonga ! Como estas ? Cansada ?

 - Desesperada ! Et toi ?

 - Ca tombe bien ! C'est comme moi : je  suis ratatinada ! Ca m'arrange que  tu sois raplapla toi aussi, parce que c'est pas le moment que tu ailles danser : j'ai un super scoop à te raconter ! Bouge pas , je vais chercher deux thés au bar et j'arrive avec tous les détails.

 - Si tu insistes...

 - Ah oui, pardon, c'est vrai que tu n'aimes pas le thé après cinq heures ! Bon, une coupette, alors, pour fêter ça ?

 - Si tu y tiens, ça ne nous fera pas de mal...
 
 - Si le gars qui te lorgne de derrière  le pilier vient t'inviter, dis lui qu'il attende la prochaine tanda ! Je reviens.

Au bar, pas plus de Veuve Cliquot que de Dom Pérignon... Z'ont du se faire la malle ensemble sur la dernière milonguita. . Je me reporte sur  un  ballon de Saint-Joseph, et un Coca light.

 - Désolée Flore ! Ils n'ont plus rien de joyeux ! Tout comme nous. Tu prends lequel ?
 
 - Plutôt le vin, si ça ne t'ennuie pas. Avec le Coca je risque de ne pas dormir.

 - T'endors pas tout de suite : j'ai tellement envie de te dire qui j'ai rencontré !...Tu ne devineras jamais !

 - Un partenaire pour l'année ? Bravo, félicitations !

 - Plaisante pas avec ça, ça porte malheur ! Non, pas du tout. C'est pas du tout le genre. Tout le contraire même. Mais il y a des points communs troublants, tu vas comprendre. D'ailleurs, si l'Histoire avait été mieux faite , il serait peut-être là avec nous. Mais la société, c'est tellement décevant...Et  c'est pas d'hier.
 
 - Alors, raconte !



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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 22:33
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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 09:11

Flore DECUNA face à ses projections

Dans une famille où tous les premiers mâles portaient invariablement le nom du grand-père et les filles celui de grand-maman, Flore, elle, a hérité des plis, des rides, des contours, des détours et j'en passe, de l'histoire familiale.

Parler d'histoire, c'est aller un peu vite, car ce qui caractérise l'histoire de la famille de Flore, c'est que chacun de ses membres semble frappé d'amnésie dès lors qu'on lui demande de la raconter.

 Le seul fait marquant qui résiste au gommage, c'est la guerre civile du Patriarche, aimé et vénéré par tous. Trahi et condamné à mort, il est revenu un jour des geôles où on avait fini par l'oublier. Pendant toutes ces années, il n'y a pas eu d'histoire, comme si les jours sans lui n'avaient pas été dignes de laisser de trace.

A son retour, il eut le choix entre demander raison pour vingt cinq ans d'histoire perdue (mais cela aurait fait tout un tas d'histoires), et demander que l'on n'en parle plus. C'est ce qu'il fit.

La mère de Flore, fan de son-père-le-héros, força le trait, se vida la tête et remplit le vide abyssal de romans à l'eau de rose, de chansons d'amour déçu. L'enfant à venir serait nouvelle, princesse, et attendrait docilement, le prince charmant qui ne manquerait pas de venir.

Ce qui vint, ce fut l'exil, le froid et la perte des maigres radicelles qu'elle avait reçues à la naissance. Elle devint « Princesse Cosette ».

Lassée d'être tiraillée entre les chimères de sa mère et les regards méprisants, Flore dut très vite se résoudre à se remettre au monde. Elle prendrait le destin à bras le corps, et cette enfant bien faite, deviendrait une femme de tête. Flore ne se contenta pas d'apprendre une nouvelle langue, elle l'aima, l'adopta, l'épousa.

Depuis quinze ans, responsable du secteur de l'Amérique latine dans une maison d'édition, elle a cru, quelque temps, avoir atteint son rêve : découvrir de nouveaux talents, les faire connaître. Au-delà des idées, c'est  la qualité de la langue, sa beauté, qui est l'objet de son attention. Elle se révèle intransigeante, excessive parfois. Flore est une esthète. Elle est reconnue pour la qualité de son travail, admirée souvent, rejetée parfois. La distance, c'est elle qui la cultive. Princesse-Cosette n'est jamais loin.

C'est cette dernière qui, depuis quelques mois se montre insistante : « pas assez, Flore. Tu juges le travail d'autrui, serais-tu capable de créer ? »

Elle ne se lâche pas, Flore, elle se malmène. Ce nouveau projet, pourtant lui semble pouvoir concrétiser son besoin d'aventure. Flore a besoin d'espace, de champs à découvrir comme on le ferait d'un pays lointain.

Depuis, elle cherche, marche, erre vers cette contrée qu'elle sait exister en elle. Le voyage, elle le fera seule, gardant jalousement le secret du rendez-vous qu'elle s'est fixé. Elle essaie d'arracher à sa vie bien remplie (trop remplie ?) des cinq-à sept, où, elle peine à se l'avouer, le plaisir obtenu n'est pas souvent à la hauteur de l'attente.

C'est mal connaître Flore de penser qu'elle renoncera ! 

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