Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ce site / blog artistique et ludique a pour vocation de présenter mes productions, et celles d'auteurs invités : livres, poèmes, chansons, nouvelles, expositions, billets d'humeur sur la vie culturelle, politique, sociale et juridique, émissions de radion, compositions musicales électro-acoustiques.

Publicité

(3) EXPO PHOTO La Justice et son Double - L'atelier du projet (1)

 
EXPO PHOTO La Justice et son Double - L'atelier du projet (1)



 
photo A. Gourion

C'était en 2003. Le premier janvier, genre lendemain de fête, tu es chez toi, tu vasouilles, les lampions sont eteints. Il flotte comme un parfum de vacuité. J'en fais quoi de ma vie, de mon expérience ?
 
 
 
 
Sur la page blanche qui, souvent, m'a permis de faire le point avec moi-même, une drôle d'idée s'écrit : elle est tirée de ma double activité de photographe et d'avocat. Pourquoi pas un travail qui mèlerait les deux? Par exemple présenter les portraits de vingt quatre avocats dans leurs robes de fonction en les associant à vingt quatre nus, hommes et femmes dans leurs variétés humaines, mais masqués. Vingt quatre : vingt quatre images à la seconde, comme au cinéma.
 
 
 
Pourquoi le masque? C'est que la mise en espace judiciaire est un théatre réel et dur où les personnages incarnés ont un rôle : juges et avocats, prostitués et souteneurs, entrepreneurs et enfants tristes, veuves joyeuses et assassins.
 
 
C'est que la justice a ses tenues, ses symboles, sa grammaire, ses codes de comportement et de langages. Son cléricalisme aussi. Quant au théatre, tragédie ou comédie jouée car redite, les masques de papier ou de chair que l'on y met en scêne y expriment les symptômes des principales affections de l'âme.
 
 
 
Le recours au nu, tradition picturale et photographique de tous les temps, est en rapport avec la necessaire recherche de l'équilibre que la justice poursuit, dans ses lumières crues ou trompeuses, ses affirmations contradictoires,  son administration impossible.
 
 
 
J'étais parti d'une vieille lecture faite du temps de ma première vie professionnelle, celle des métiers du cinéma : c'était Le Théatre et son Double, d'Antonin ARTAUD. Et de mes débuts de photographe : j’ai toujours fait des photos. Depuis que j’ai douze ans.
 
 
 
C’était à Oran, où je suis né ; mon grand cousin Albert, un ingénieur, m’avait donné, il ne s’en servait plus, une petite boite ronde et noire, avec une tige rouge, pour développer les films en les faisant tourner dans le révélateur. J’avais également hérité d’un agrandisseur, d’un margeur et de deux cuvettes pour révéler et fixer les tirages.
 
 
Je squattais la salle de bains familiale, obturais toutes les ouvertures avec du papier noir à cause du jour et m’enfermais - des heures durant – dans la mystérieuse obscurité où la lumière inactinique de la lampe rouge permettait le calme, les rêves et les projections. C’était magique.
 
 
Ma première photo, c’était hier, est un papier sensible blanc que je glisse sous la porte, l’exposant ainsi à la lumière extérieure du couloir d’accès. Je la développe et – ô miracle – apparaissent dans le bain du révélateur les deux parties : la noire, exposée à la lumière, et la blanche, qui est restée dans le laboratoire improvisé.
 
 
Décalage dans le temps, jeu de lumière sacré.
 
 
J’occupe la salle de bain, personne ne peut violer ce sanctuaire secret où se construit l’imaginaire du gosse. La famille le respecte je crois, Alain fait des photos, il est pénible parce qu’on ne peut plus prendre sa douche mais bon, ça l’occupe !
 
 
Le monde s’attrape par tous les bouts. La photo en est un. Elle est rencontre, elle est regard sur les autres, il faut sortir de soi et se construire hors de l’introspection. Les images saisies, les souvenirs et les odeurs se mêlent. La photo fixe l’instant, certes, mais elle offre au regard la liberté du cadre, elle amène à focaliser et à jouer avec la distance et la netteté, attention, le petit oiseau va sortir.
 
 
Attention, le petit oiseau est sorti, il vole de ses propres ailes, chapardant des miettes de réalité. Ca le nourrit, l’oiseau, et il rend aux autres, longtemps après, parfois jamais ou autrement, le produit digéré de ses rapines d’un jour.
 
 
L’appareil de photographie est un objet, comme le pinceau du peintre, le stylo de l’écrivain ou la souris de l’internaute. Les mots de ma langue, les images de ma rétine souvenir, les couleurs de ma palette ne sont que des techniques inventées pour nous permettre de se parler et de s’écouter. Les oiseaux parlent aussi, a ce que l’on dit, et même les dauphins, les chauve-souris et les poissons. Comme nous. Nous, les petits hommes, nous avons la technique en plus, des tas d’inventions géniales et encombrantes quand on mélange la fin avec les moyens.
 
L’appareil est un moyen. La fin, c’est le bonheur de la rencontre quand elle est là. Quand elle n’y est pas, on peut la susciter, la faire venir lentement. Prendre son temps avec ceux que l’on photographie, juste le contraire des odieux paparazzi violeurs. Avec un couteau, je peux couper mon pain et le partager. Je peux aussi tuer. Avec un kodak c’est pareil. Le petit oiseau peut tuer. Il peut aimer aussi, embellir, divertir.
 
 
Longtemps après, après les études de droit et le métier d’avocat, j’étais allé en Hongrie, à SEBEZVITZ, près de LILAFURED et de MISKOLC, vers la frontière ukrainienne, pour des workshops photographiques qui se tiennent là depuis vingt ans, animés par le président des photographes d’art hongrois, Janos EIFFERT.
                                                                                                   
 
 
Les hongrois, comme beaucoup de sociétés d’Europe orientale, ont gardé une vision purement artistique de la photographie. C’est comme si, dans notre monde technicien et médiatisé, les déluges d’images à bon marché, celles qui font de l’audimat et vendent de la publicité, le pictural avait gardé de la fraîcheur et du sens. On retrouvait là-bas le goût de la photo des années trente, quand on découvrait encore cette merveille de la reproduction qui apparaît, magie chimique, projection de nos rêves.
 
 
Quatorze heures par jour de photos, avec d’autres photographes professionnels et amateurs avertis, des modèles rémunérés par l’organisation, des conférences, des échanges d’images et de projets. De vraies vacances quand on sort de quatorze heures par jour … du métier d’avocat.          
                                                                                                                    (suite à la prochaine parution)
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
S
bravo pour les femmes nues : y a que ça de vrai !tango aussi...
Répondre
B
Au tango, elles sont habillées, mais quel pied !
E
Dis donc BenBlog, t'as pas répondu à Grincheux Dormeur y me semble. T'as peur de la critique ou quoi ? Serais-tu + sensible à la flagornerie qu'à la fessée? Epinoche
Répondre
P
Epinoche je te jure que je lui ai répondu tu penses bien c'était un 'com' (commentaire dans le langage blogueur que j'apprends pas à pas) un 'com' plutôt trapu. Mais la réponse s'est perdue dans l'immensité blogallionne, je vais de ce pas demander au grincheux dormeur  s'il ne pourrait pas me la renvoyer ma réponse, des fois qu'il en aurait conservé une copie quelque part dans son disque dur mou.<br /> Ben contrit