Abel GOURION, Rêves transcrits, X, 1949-2 - Rires
5-6 juin 1949
J'étais avec Gaby et Alain à Ain Témouchent ; route ou longue rue nouvelle, un tracé nouveau ; beaucoup de monde ; cette route devient la nouvelle, l'ancienne à l'étroit ne peut se développer ; du monde, des agents de police, une manifestation ; une grève ; un groupe d'agents contre un autre groupe d'agents de police. Au moment d'une inattention du groupe défensif, le groupe offensif force le cordon de protection ; les agents offensifs s'élancent ; à leur tête, un des meneurs ; je reconnais un visage juif. Il vient vers nous ; comme nous sommes des particuliers, étrangers, il nous laisse. Je me trompe un peu dans la topographie de la ville ; une personne de cette cité vient à moi et me reproche avec beaucoup de douceur de me désintéresser de cette grève ; je lui réponds que la chose m'est étrangère, et tout aussi gentiment, nous bavardons. Nous entrons dans son magasin où il exerce un commerce ; puis il est pris par ses clients. Un bon moment après je m'en vais ; au-dehors, je rencontre une dame âgée, elle vient à moi ; elle est d'une grande politesse et éducation ; nous nous entretenons.
Ensuite un cortège d'obsèques ; celles de la dame ; beaucoup de monde, je suis le cortège, dans une auto que j'ai du mal à freiner pour suivre le cortège sans bousculer personne.
22-23 août 1949, avant une heure. Sommeil entrecoupé de rêves.
Une jeune fille ; jeune et belle ; Georges Gourion ( ?) lui dit au revoir pour la quitter. Moi, pour dire aussi au revoir, je la prends et la mène dans mes bras. Se sent-elle faiblir ? Elle demande à se reposer et une couverture ; je la garde dans mes bras et m'étend avec elle sous la couverture. Nous restons là un certain temps. Nous sommes restés indemnes de tout rapport. Puis elle me prie de me retirer. Je me lève, en passant devant une baignoire de théâtre ( ?). Il y a là un monsieur. Par contenance, je dis : quelle soirée, comme si je m'en plaignais ; il me réponds : « pas pour vous », ou quelque chose d'approchant.
Je change de lieu et de scène : dans un hôtel : la jeune fille et Georges sont dans des escaliers en faïence, qui descendent sous le sol automatiquement ; je vais pour les suivre. Avant que j'y arrive, ils disparaissent sous le sol. Une dame est là, comme une préposée au vestiaire. Je vais me laver les mains ; elle place une serviette jolie et minuscule, avec laquelle je m'essuie les mains. Je vais pour la payer.
Mais la scène change : je sors un portefeuille, il est rempli de billets ; j'en prends un et le remets à un monsieur assez âgé et élégant, il le regarde et le retourne et me le rend. Je lui dis que c'est un billet algérien ; il ne le prend pas, et dans ma liasse en prend un autre. Mon portefeuille tombe ; il est bourré de billets pour une somme considérable. Je ramasse les billets, ou/et les colis que j'avais, qui sont ouverts éparpillés de leur contenu. Deux petits arabes sont là, je leur donne des victuailles et ce qui reste. Je ne conserve presque rien du contenu des colis.
30-31 août 1949
Messaoud faisait des dons avant son décès ; à Rolande Sayag, il laisse un sabre. On supposait ce sabre en or ciselé d'une certaine valeur. Chacun de ceux qui devaient recevoir un cadeau se réjouissait, sans tenir assez compte de la tristesse du décès. Mais le sabre était un fort sabre recourbé, en fer. (Conversation le jour même avec Firmin, sur l'état de Messaoud et son entourage, se rapprochant du rêve).
5-6 septembre 1949
A Ain El Turck (Albert Plage). Visite chez Jean Gaudier, chez lui ; sa femme, sa mère, sa fille.
Avec Jean Gaudier et sa famille à Alger, Rue Marengo. Visite de notre maison Rue du Lockoor et rue du Chat. Reproduction ancienne de façade d'église : petite sculpture de saints, de reines (à l'angle des deux rues) (que j'ai observées à mon dernier voyage à Alger). Nous visitons un intérieur arabe : 1 fabrique de tapis ; on nous montre des tapis d'été, des nattes ; puis un tapis d'hiver. Arrivent furieux deux jeunes hommes de la plage (d'Albert Plage) Saraldon et un homme. Saraldon est fort en colère contre moi : pour quelle raison ai-je amené jusque là (dans une zone indigène dangereuse) Jean Gaudier et sa famille ? Arrive le maître arabe de la fabrique de tapis ; je calme comme je peux l'ami de Saraldon qui, lui, est d'ailleurs plus tranquille. Je me réveille. Il est 5h du matin.
9-10 septembre 1949 (à Oran)
Je donnais à un Ami par lettre l'adresse d'un 2ème Ami. Ce 2ème Ami est un cardinal à Rome, dans la curie romaine ; je me trouvais aussi à Rome. Ce 1er Ami avait une adresse de secteur postal, comme dans l'armée ; le 2ème Ami à Rome, a aussi une adresse de secteur postal. (Entre 12h et 2h matin).
Lundi 17 - mardi 18 octobre 1949
Une pension, une hôtellerie à la campagne. Des stocks d'alfa[2] sur une petite colline ou élévation ; balles d'alfa brûlées ou calcinées en dessous ; ces balles touchaient l'hôtel en bas. L'hôtellerie, avec assez de bâtiments, assez vaste ; les bâtiments sont développés, ils enveloppent une cour. Un premier repas, auquel je ne prends pas part ; il y avait trop de convives, la salle était pleine, bien que ma place soit marquée ou réservée. Quelques convives attendent un nouveau service ; je ressors de l'hôtel et revient plus tard ; les tables sont de nouveau mises, près de la moitié de la salle. La même place que précédemment m'est réservée. Dans l'intervalle, au-dehors, du personnel ouvrier de l'usine se trouvant sur la colline à proximité de l'hôtel sortent. Il y a quelques ouvriers sur motocyclettes ; ils franchissent les obstacles et bondissent par-dessus des fossés, retombant plus bas sur leurs motos et qui continuent leur route.
Dimanche 30 - lundi 31 octobre 1949
Hier 30 octobre réunion des Amis à Paris. Avant de dormir : considérer la vie spirituelle comme une Réalité ; la vivre comme telle. Rêve : une prière en hébreu ; 2 boules contenant une des lamelles d'argent et une des lamelles d'or ; elles fondent dans la bouche. (C'était comme une demande de prière et de miracle qui se trouvait exaucée).
2ème demande ou prière. En m'approchant d'une jeune fille, en la serrant simplement ; elle s'écrie qu'elle va mourir ; elle portait sur elle un produit qui en s'écrasant devait la perdre. Je refais la prière en hébreu : la jeune fille revient à la vie.
28-29 novembre 1949
Je peux vous donner 2 douzaines de définitions de rire : le rire juvénile, doux, rêveur, en coulisse, le rire de l'enfant (mais je ne suis plus assez jeune pour pouvoir vous l'exprimer, le rire constipé, mais je n'insisterai pas, j'en énumère une longue suite (que je ne retrouve pas).
Pour faire plaisir à la cousine d'Adrienne (femme de Zaouri, gymnaste) qui disait-elle ne m'avait jamais vu lui raconter une bonne histoire.
C'est dans une brasserie ou un restaurant ; voici, nous étions 1 dame et 3 hommes placés de la façon suivante :
2ème table 1ère table
Homme
Moi Homme Dame
Le garçon sert un petit animal qu'il découpe d'une main experte, détachant adroitement la peau ; il ne me sert pas. Comme je m'étonne, il me dit que le service se fait par table : or j'occupais seul la 2ème table ; je me place aussitôt à la 1ère table. Rêve précis, ordonné, clair. (La bouche sèche depuis 2 nuits)
Mercredi 30 novembre ? jeudi 1er décembre 1949
Pendant mon absence du bureau, un peintre électricien est venu ; mon absence a duré de 9h ½ environ à 11h ½. Il pendant ce temps, sans que j'aie jamais donné autorisation, ni su qu'il allait venir, enlevé des fils électriques et passé des couches de peinture, pour remettre dit-il la partie électrique en état. Tout le bureau est sale, les meubles couverts de chaux et de poussière. Je fais des observations à l'électricien et je lui dis qu'il revienne le lendemain avec un devis. Si cela me convient, il fera le travail ; sinon il devra tout remettre en état à son compte. Gilbert est là, que j'avais congédié ; il paraissait à son aise. Au cours, ou à la suite du rêve, je me trouve, non dans le bureau, mais dans notre appartement ; c?est notre appartement qui est sale et en désordre (par la peinture tombée sur les meubles). Il y a chez nous 2 ou 3 américains ; l'un d'eux a besoin de se laver. Je cherche un bon moment une serviette propre ; je n'en trouve pas dans notre armoire, qui n'est pas à sa place ; j'en demande une à Adrienne qui l?apporte. Il y a à la salle de bains, qui n'est pas disposée comme la nôtre, 2 lavabos, l'un contre l'autre. Le 2ème américain vient se débarbouiller. Il dit qu'il a travaillé toute la nuit ; il a surveillé ou dirigé un travail.
2-3 décembre 1949
Un paquet que j'ai à remettre à quelqu'un ; j'y vais en automobile ; il semble que ce soit à Delmonte ; je me trouve dans une longue rue d'une ville assez petite mais étendue. Je me renseigne ; on finit par me dire que je trouverai la personne que je cherche au haut de la ville ; je gare l'automobile dans une petite impasse. Et je grimpe en haut ; j'arrive dans une villa, un homme d'un âge pas trop âgé me reçoit ; je remets mon paquet. Il y a un assez grand jardin ; cet homme a des enfants, 1 ou 2 jeunes filles. Je reste là longtemps. Puis Georges Gourion vient. Il y a diverses personnes dans la villa. Un peu plus tard, la femme de cette villa, ou d'une autre, me dit qu'elle a du petit lait ; au moment de partir, quand je lui en demande, elle me dit qu'elle n'en a plus. Puis après être resté longtemps dans ce lieu je pense à redescendre ; il y a là quelques personnes que je connais habituellement et qui rentrent aussi. L'impasse où j'ai laissé l'automobile est plus petite, plus resserrée. Les côtés sont encombrés d'objets hétéroclites : vieux meubles, vieilles boiseries, débris non utilisés. On a peine à passer. L'auto a été plaquée debout contre le mur. Je me demande si je vais pouvoir la remuer ; une femme qui est là me dit qu?elle n'est pas lourde. En effet je la sors de là.
16-17 décembre 1949
Il y a Sédir, quelques personnes et Emile Catzeflis ; Catzeflis me dit qu'il ne pourra pas continuer son travail ; il est malade ou fatigué, ou il a beaucoup de travail. Je lui dis que malgré lui, il sera nécessaire qu'il continue ses occupations, ses efforts.
20-21 décembre 1949
Lever 3h ½. Recoucher à 5h. Lecture « Je suis un Initié de Marcereaux » et quelques autres livres. Rêve : un guérisseur ; une entrée dans une enceinte, un parc ; à la porte d'entrée, beaucoup de monde déjà entré, et beaucoup de monde dehors. Quand j'arrive à la porte, les portiers déclarent : encore 7 personnes seulement peuvent entrer ; je suis une des dernières. A l'intérieur, un guérisseur, un homme assez grand, mince, cheveux blancs, examine les malades qu'on lui présente. Un enfant, qui vient de passer entre ses mains, gambade. Il était infirme (à rapprocher d'une lecture faite il y a 15 jours d'une guérisseuse (un roman) qui remet sans le vouloir un enfant infirme d'applomb). Le guérisseur continue. Au début, à l'entrée, Adrienne G. n'entre pas ; elle avait eu un jugement défavorable pour le guérisseur et ce dernier voulait lui faire des observations. Gaby vient à la fin ; il a une tenue d'officier, élève d'une école d'agriculture, avec un képi haut galonné. Il discute avec un des aides du guérisseur.
26-27 décembre 1949
Je suis à Paris ; je marche longtemps dans les rues, une, deux ou trois heures. J'entre dans un bureau de postes ; je veux demander s'il y a un télégramme pour moi. Je ne le demande pas. Je ressors. Je me rhabille avec des vêtements que j'avais en plus en un ballot : un casque colonial, des chaussettes sur un caleçon ; je me trouve assez drôlement vêtu. J'enlève le casque. Il fait chaud. Je rencontre l'employé des Postes. Je lui demande s'il a un télégramme pour moi ; il répond qu'il ne peut pas le savoir ; je comprends qu'un bureau de postes ignore l'arrivée de télégramme ; ce n'est pas le même service. Rencontre de deux hommes. Arrivent deux fillettes d'Oran qui viennent d'arriver à Paris. Je demande leur adresse à Paris pour qu'Adrienne aille les voir ; elles ne me renseignent pas ; elles hésitent ; il semble qu'elles n'aiment pas qu'on aille les voir.

[2] Alfa : plante herbacée (légumineuses) d'Afrique du Nord et d'Espagne, dont les feuilles servent de matière première à la fabrication de la sparterie et de certains papiers. Mise en charpie, la corde d'alfa est utilisée comme un gant de crin. Petit Robert.