Abel Gourion,
Rèves transcrits, VIII
1940 Insomnies
5-6 janvier 1940 avant 1h30 du matin
Rue X, on a installé une sorte de sous-central du téléphone ? un bureau annexe de téléphone.
8-9 janvier 1940
Insomnie. Je descendais des escaliers.
Près de moi quelqu'un roule malgré lui et très vite ces escaliers et s'arrête sur une large vue transversale. J'arrive à cette rue ; l'homme vient à moi ; il m'entoure et m'entraîne. Il est fort, il me fait entrer de force dans un enclos. Il veut abuser de moi. A un moment donné je lui dis : tu mourras ce soir. Bien que beaucoup moins fort, je reste ferme ; je résiste. Deux de ses acolytes ; nous sommes les 4, toujours dans l'enclos, avec au-dessous un espace vide, comme un grand cirque. Je lui redis : demain soir, tu seras mort.
1-2 février 1940
Au sommet d'une montagne, dans la roche (Santa Cruz, à ce qu'il semble), on avait construit un palais souterrain pour
la SDN. Ce palais, plutôt cet abri énorme, en béton, devait protéger contre les bombardements aériens. Portes étroites. Lumière par verres armés d'une grosse épaisseur. En plein jour on y voyait assez clair sans lumière artificielle. J'avais un livre, que je feuilletais, avec gravures artistiques, livre de poète. Livre prêté ou remis dans ce bâtiment. Par un déclanchement mécanique on était déplacé par pièce entière et mis à l'abri./http%3A%2F%2Fannonces.rueducommerce.fr%2Fimage-pa%2F2007%2F03%2F31%2F00%2Fdetail_90036.jpg)
14-15 février vers matin 4-5h
22-23.2.1940 au tout matin :
Dans l'Afrique centrale (vu 1 film ces jours-ci). Un cachet qui marque mal la date sur les lettres. Un camarade s'en sert assez bien en ne trempant pas le cachet dans l'encre, et en tamponnant plusieurs fois. Pour nettoyer le cachet ; oui mais on abîmerait le timbre en caoutchouc. Il y avait le vaguemestre, ce camarade ou ami et moi.
25-26 mars 1940
Je reçois la visite de deux Amis, dont un vêtu en soldat, et d'allure modeste ou timide.
28-29 mars 1940
Je préparais un voyage en avion à Paris et à Rome. Les dispositions sont prises. Je passe par Paris pour aller à Rome ; une partie du voyage passe par le Brenner (frontière italo-allemande). Quelqu'un me dit qu'en avion, je ne verrai pas le beau paysage de Brenner. Il faut passer par le chemin de fer pour cela. Avant de partir, je me rends compte que j'avais laissé à Alger la clé de la malle armoire et la clé de la valise ; ainsi que les tickets de remise de ces malle et valise. Je n'aurais eu ni vêtements ni objets ; j'aurais été obligé de revenir les chercher. Il est question du voyage ; je ne vis pas le voyage lui-même.
9-10 juin 1940 vers matin 4-6h
Avec un officier petit, mince, ayant 2 galons et 4 étoiles (Lieutenant maréchal de France, tenue d'officier de terre). Georges Gourion m'avait dit qu'il s'agissait de l'Amiral en Chef. Il est avenant. Nous bavardons. Nous allons en automobile. Puis nous en sortons. Je lui propose de remonter dans une autre automobile qui est la sienne, garée près de là ; il décline cette offre. Nous avisons une autre voiture ; il y a un chauffeur et 2 / 3 jeunes filles ; l'officier s'installe ; ne trouvant pas où me placer, je fais signe au chauffeur ; une jeune fille quitte la voiture. Au moment de me placer, je remarque que la voiture est une table ; je dis au chauffeur qu'il ne peut avancer sans roues.
Un autre moment avec même officier : nous descendons un chemin ; je manque tomber dans un vide qui se présente brusquement. Le chemin forme escalier en spirale, cela sent mauvais, l'urine est partout. Nous rebroussons chemin.
6-7 août 1940
Les Amis, des photographies ; une goutte du sang du Christ sur du papier envoyé à chaque ami./http%3A%2F%2Fwww.unicaen.fr%2Fmrsh%2Fcrahm%2Frevue%2Ftabularia%2Fimages%2Flogo.jpg)
5 septembre 1940
Cauchemar avant 2h du matin : « Je n'ai rien fait moi ! » m'adressant à un diable

qui voulait me nuire. Manque de prière la veille ; cela entraîne une défense insuffisante contre les bas-fonds spirituels.
30-31 août 1940 de 4 à 6h
Une compagne, dans une maison. Elle a un ennemi qui doit venir. Elle veut l'empoisonner. Elle prépare le repas qu'il prendra. Le repas est posé à terre. En moi-même, je m'oppose à cela. Je me propose d'empêcher cet ennemi de prendre le repas. Je le jetterai. Des enfants ? un enfant à elle ? sont là et entrent et sortent. A l'heure où la chose doit s'accomplir, ma compagne verse involontairement le bol qui contenait le repas ; elle comprend qu'elle doit renoncer à son dessein. Je lui laisse entendre que je l'approuve. Je fais sortir les enfants.
Je me prépare à partir. Une porte s'ouvre. Une autre femme vient. Elle ne sort pas par la même porte ; mais nous nous trouvons sur le même chemin. Elle se trouve avec d'autres jeunes femmes, ou jeunes filles ; elles sont 3 ou 4, puis avec un groupe de jeunes hommes. Ils sont tous très polis et corrects. Ils semblent être de Casablanca. J'avais un chapeau en feutre avec des rubans enroulés autour de la coiffe. Une sorte de caserne. On sonne la soupe. On se sert soi-même sur des plateaux disposés à l'avance sur une voiture, semble-t-il.
20-21 sept. 1940, avant 3 :30 matin
J?allais à un bain maure;
je me déshabille. On descend par une sorte de treuil manoeuvré à la main avec une corde, et placé dans une sorte de panier en bois ou en osier.
J'arrive après la descente, le patron me dit que pour faire revenir le panier pour moi seul, je dois payer un supplément, soit tant, que je paie. Le bain ; on ne m'amène pas au bain maure (je dis : il doit être sale) mais à un bain français. Il y avait un autre homme et une jeune fille. Puis c'est une douche ; on est placé en file (comme en file indienne) en plein air. Je demande si l'eau est chaude ; l'arabe qui me conduit dit que l'eau est froide (pour se moquer, je pense). J'avais dit avant à l'Arabe que j'avais une installation chez moi et que j'étais venu prendre non un bain français mais un bain maure. Après la douche, un incident : un homme d'un certain âge a une discussion avec un autre plus jeune ; il lui cherche dispute. Georges Gourion vient et lui envoie un magistral coup de poing.
L'homme tombe. Puis Georges se relève (comme si c'était lui qui avait reçu le coup). Il cherche des fonds pour payer (pourquoi ?). Il me demande quelle somme je peux lui verser ou lui payer (puisque j'ai dit le jour même que j'étais sans dettes).
27-28 nov. 1940
Dans une gare, beaucoup de partants ; je devais partir aussi, mais des personnes qui devaient m'accompagner n'étant pas venues, je les cherche. Quand je reviens le train était parti. Un autre train ensuite que je prends ; il n'y a personne ou presque.
28-29 nov. 1940
A la Compagnie La Protectrice à Marseille ; M. Sacerdoti. Un grand bureau vide. Plus tard, une trentaine de dactylos placées chacune à une table, et deux à deux, formant le tour de la salle[29]. A Marseille, en montagne sur un ascenseur, puis sur une voie de chemin de fer grimpant à crémaillère. Un train suspendu à des câbles nous croise. Nous traversons un quartier mal famé en train.
3-4 décembre 1940, vers le matin
Je faisais des expériences de soulèvement de verres, objets légers en approchant mes doigts qui agissaient comme un aimant ; le verre penchait légèrement et se renversait ; en présence d'Adrienne.
8-9 décembre 1940
L'Armée ; une conversation ; j'envoie des pièces par Paulette. Plus tard je rencontre un soldat de même poste : une administration militaire. Je lui demande des renseignements : il me dit qu?avec l'autorisation du ministère de la guerre je pourrai avoir le poste de transmettre des ordres par téléphone.
Plus après : un vieux militaire officier et sa dame ; ils rentrent chez eux. Je les interpelle ; avant de se retourner il maugrée en se refusant ; puis s'étant retourné, il est plus aimable. J'avais reconnu dans sa main l'ordre ou la lettre me concernant (se référant au premier rêve). Il me donne la lettre avec un paquet de pièces assez volumineux ; je rentre avec eux dans le vestibule de leur maison, tout en parlant. Une jeune fille téléphone. Dans sa lettre, au début, l'officier âgé se moquait de moi, ou s'exprimait avec ironie disant en substance : honneur à ceux qui vont lentement, ou qui s'informent de choses peu importantes avec un soin méticuleux. Il répondait à une demande d'informations que j'avais formulée sur une question d?assurances. Il ironisait une seconde fois en disant que « le câble ou les communications étant rétabli avec le service intéressé en zone française occupée » il était en mesure de me répondre! Le pli qu'avait le vieil officier m'avait paru être celui du premier rêve ; convocation à rentrer d'urgence. Dans ce pli, je devais aller voir le vieil officier, rue de Vienne, pour encaisser ou payer une petite somme due ou me revenant.
Préparatifs que je faisais chez moi avant de partir, mise en ordre de mes affaires. Je n'en finissais plus, je voulais ou je retardais mon départ d'un jour ou deux ; le soldat rencontré me dit que c'était sévère, qu?il fallait rentrer sans retard.
Dans ces deux rêves, certains faits du jour (à cause du médicament et de son effet) se retrouvent un peu transformés : « transmetteur des ordres par téléphone » : j?ai vu Adrein Bounoun (le jeune) le même jour ; il m'a dit être affecté aux transmissions par TSF.
2ème rêve : « j'avais reconnu dans sa main l'ordre me concernant ». Alfred Lasry le même jour me dit avoir vu dans la main de quelqu'un une boîte de lait salé comme il n'en avait pas vu depuis 30 ans. Je devais voir le vieil officier rue de Vienne : je dois aller rue de Vienne pour m'inscrire au secrétariat de la Légion des Anciens Combattants.
[29] Shéma : dactylos disposées en demi-cercle.