Abel Gourion,
Rèves transcrits, VI
1938 - Les chats noirs
1-2 janvier 1938
2 chats noirs, puis un gris ; 2 s'enroulent sur une longue ficelle et font des efforts pour se dégager ; ils vont et viennent et s'affolent dans une chambre. Finalement, ils meurent étranglés ; et ils vont finir dans une cour près de quelques coqs et poules qui en profitent pour les piquer avec leur bec.
3-4 janvier 1938
Un médecin, vers 4-5h matin
Madame Emsellem (femme de Rémi Emsellem) (la veille on m'avait dit que notre ancienne domestique « Marie » (assez grosse, jeune) avait travaillé chez elle et avait été accusée du vol d'un bijou de 10.000F). Dans le rêve, je téléphone pour demander à Madame Emsellem, de la part d'Adrienne, qui a été son amie, si elle connaît une domestique. (Nous n'en avons pas en ce moment). C'est une voix qui me paraît hésitante qui répond. Je me demande si c'est parce qu'elle serait amoureuse qu'elle serait ainsi timide. Puis c'est comme un souffle, un malade. Je m'inquiète, je demande ce qu'elle a ; elle donne un nom de maladie que je ne connais pas.
Puis un lieu bizarre, appartement étroit et serré rempli de gens, d'officiers et de dames ; c'est un appartement de médecin. Je cherche à voir ce médecin pour lui demander ce qu'il pense du malade, de la maladie, s'il peut la soigner. Puis plus tard, je m'absente et reviens. Madame Emsellem est venue chez ce médecin ; comment, je n'en sais rien. Je sais par un jeune homme, qui a l'air de m'en vouloir, que le médecin la considère mourante. Je la trouve par là ; je la soutiens, je l'emmène. Nous marchons, elle titubant, tombant plusieurs fois. Puis encore un point obscur. Je ne sais pas : ce médecin semble une officine louche. Un peu plus tard, la vindicte publique veut exécuter ce médecin. Une foule. Une fosse pleine d'urines, où le médecin est précipité pour être noyé.
3-4 janvier 1938, avant 7h matin
2ème rêve : un lieu, immense appartement de médecin, du monde. Rolande, Yvette (22) ont été soignées par lui et se trouvent mal. Je recherche le médecin ; je fais dans ses salons luxueux et vastes des excentricités afin de l'attirer. Je ne le trouve pas. Je redescends dans la chambre où sont Adrienne et ses soeurs ; j'ai avec moi une jeune fille que je tiens par la taille et qui est amusée par ma conduite. Un peu plus tard deux infirmiers viennent pour m'enfermer comme fou. C'est la vengeance du médecin ; ils ont des menottes ;
ils sont petits et assez forts. Ils viennent pour me passer les menottes ; je me défends ; je veux prendre une barre de bois qui est là à ma portée ; eux sont munis d'une sorte de casse-tête. Je ne me sens pas en mesure de me défendre ; je me calme pour qu'ils n'utilisent pas leur arme. Ils me donnent néanmoins un ou deux coups légers qui m'étourdissent un peu. Ils s'approchent ; je me réveille ; il est 7h ¼.
A noter que ces deux rêves sont d'insomnie je m'étais levé à 3h puis à 4h ; j'étais resté une demi-heure éveillé. J'ai voulu me recoucher. Le sommeil n'est pas venu ou plutôt j'ai eu un lourd sommeil, coupé de rêves ou cauchemars. Il semble qu'à ces moments-là je vive des visions d'enfer.
Cela s'est produit plusieurs fois. Quand je n'ai pas sommeil, je dois veiller et prier.
7-8 janvier 1938
Firmin (23) était tombé d'une fenêtre ; il était coincé entre le mur de la maison, et le mur d'un terrain voisin à pic. Maman et des parents poussaient des cris ; ils considéraient Firmin perdu. Je n'ose pas regarder cette scène. On appelle Molinès (agent de la sécurité) ; il vient avec Sabatier (café, réparations auto) (je les ai rencontrés la veille à 1h ½, l'un après l'autre). Je me penche alors par la fenêtre. Je vois bien que Firmin peut encore tenir ; il me tend une longue branche de 10 à 15 mètres de long ; mais je ne puis la prendre que par une petite branche qui cède facilement. Je dis qu'il vaut mieux chercher une corde, c'est plus solide. Firmin se trouve alors allongé sur le talus à pic ; il est moins en danger. (Réveil 4H, 4H ½ environ).
29-30 janvier 1938 (vers matin)
Mon avocat Me Leblanc avait reçu un pli, une lettre de Phénix, concernant le procès. Me Leblanc étant absent, j'ouvre le pli. Le Phénix envoie une note assez longue ; j'ai l'impression qu'on tend un piège ; qu'on essaie d'amener l'avocat à composition. On présente la chose sous une forme juridique.
8-9 février 1938 (mardi à mercredi)
J'étais avec un homme ; nous grimpons dans une sorte d'ascenseur. Nous nous trouvons dans la synagogue de Strasbourg ;
j'y reste un instant, et franchit dans la synagogue une barrière ou deux ; et je sors. En redescendant une sorte de couloir étroit, long, qui peut être une descente de monte-charge en spirale. Une fois éloigné, je m'aperçois que j'ai perdu mon pardessus neuf. Je vais le chercher. Je trouve plusieurs manteaux et pas le mien. Un autre homme veut me confier l'expédition d'un petit colis par une compagnie de navigation.
Vendredi / Samedi 11-12 février 1938
Nous étions 3 Amis et moi, et cela ne faisait que trois [24]. Il y avait Albert Legrand, Emile Besson et un autre Ami. Nous arrivons à Reims. Nous nous reposons près d'une statue allongée ;
une grande statue. Je me trouve placé sous ou sur son bras. Cette statue semble nous protéger, et demander aussi notre protection. Le bras m'a paru vivant à un moment et être celui d'un enfant. Nous partons. Nous sommes en automobile (une automobile à Albert Legrand) ; nous arrivons en une ville ; il me semble que c'est le haut de la rue Philippe à Oran ; il me semble que Sédir est avec nous. Je propose, avant de quitter la ville, d'acheter des cartes postales représentant la cathédrale de Reims. Tous s'y opposent.Je ne sais pourquoi./http%3A%2F%2Fwww.lepelican.fr%2Fsources%2Fimages_prod_230%2Fjoli-pelican%2Fdc_1.jpg)
Mercredi / Jeudi 16-17 mars 1938
Une équipe de 7-8 hommes, à demi nus, des asiatiques semble-t-il. Ils travaillaient. Tout à coup, surgit comme d'une trappe, un homme qui lance un couteau sur la nuque d'un des travailleurs, lequel tombe raide mort. L'homme recommence deux ou trois fois et à chaque lancer de couteau sur la nuque, un travailleur s'affale mort. Enfin un travailleur tombe et abat le meurtrier ; mais aussitôt un autre meurtrier surgit qui lance à son tour des couteaux sur la nuque des travailleurs qui s'abattent tour à tour ; d'autres meurtriers surgissent ; on croirait qu'ils sortent d'une trappe. Ils enterrent sur place tous les morts.
Lundi-mardi 20-21 mars 1938
Une longue descente en gradins ; un vaste cirque souterrain ; un temple d'initiés. Nous étions nombreux ; très nombreux. Le cirque en se rétrécissant aboutissait à une sorte de scène, tout à fait au bas. Nous nous asseyons et commence un banquet ; nos aliments étaient préparés, nos couverts étaient sous le siège de chacun. Le repas a lieu, puis après des discours. Plus tard des rangs des spectateurs, parmi les premiers, commencent à se vider. Ils remontent vers la sortie.
Une réunion plus réduite dans un autre souterrain ; nous étions quelques-uns, 5 à 6. Nous sommes dans une chapelle ou tombe; celui qui nous dirige nous dit que notre Ancien spirituel est là, du moins son corps est là. Et en effet sous la pierre tombale, nous apercevons des membres puis un corps desséché. Je suis à l'entrée de la tombe, 3 ou 4 sont à l'intérieur ; un autre est à l'extérieur. Voici que la tombe s'enfonce lentement comme pour disparaître. J'essaie de retenir la tombe car nos camarades sont menacés d'être écrasés. J'appelle celui qui est au-dehors, il veut faire je ne sais quoi. Il n'entend pas ou ne répond pas. J'appelle en vain plusieurs fois tout en faisant des efforts désespérés ; mais la tombe s'enfonce et disparaît.
Je me trouve nageant, l'eau est encombrée de pas mal de débris, c'est au bord de la mer ou d'un grand lac. J'aborde sur la rive où il y a des habitations. Paysage méditerranéen.
Mercredi 4 mai 1938, 3-4h
Un allemand habite chez nous. Une discussion s'engage entre lui et moi ; avant cette discussion, il place sur la porte de séparation de sa chambre une plaque indiquant qu'à cette porte commence la frontière allemande.
J'en suis touché ; je ne dis rien à ma mère. C'était un consul allemand ; il l'a fait demander ; je devance sa déclaration et dis à ma mère ce que je sais. Alors la discussion s'engage entre lui et moi. Je suis nerveux et m'exprime difficilement. Il dit que je veux avoir des idées originales, et il veut donner un exemple par les marseillais. Je n'arrive pas à lui répondre avec calme. Je veux lui dire qu'il a la tête ronde, mais qu'il n'y a pas grand chose dedans.
Jeudi 6 mai 1938 vers le matin
Il pleut fort (dans les journées précédentes il a plu fort aussi). Je fais la même réflexion qu'il faut qu'il pleuve moins maintenant ; c'est suffisant.
Vendredi 20 mai (matin), 5-7h
Au bord de l'eau, un bassin. Vêtu d'un pantalon, d'une chemise. Sur une banquette au bord de l'eau. Je menace de me mouiller les pieds à plusieurs reprises. Je suis invité à monter sur un petit bateau tenant de la grande périssoire[24] et d'un petit voilier.
Du monde. Une fête. Des chants. Auché. Je ne cherche pas à lui demander une explication sur le procès : il y a trop de monde.
20-21 juin 1938
L'automobile d'Alfred Lasry prend feu sous une roue ;
je lui dis qu'il a oublié de desserrer les freins à main, ce qui a provoqué l'incendie. Alfred relevait de maladie. Il avait oublié le fonctionnement de ce frein. Chez M. Spreicher, négociant en vins : une grande soirée, repas, bal ; beaucoup de monde ; avec Adrienne (j'étais installé chez lui dans la journée). (Rêves nombreux, vols, ½ cauchemars, parce que coucher sans prières).
5-6 septembre 1938 vers le matin, 4-5h
Un homme aveugle
qui prophétise. J'avais mangé 4-5 olives vertes ; je lui en remets les noyaux. Il parle assez vite et n'est guère compréhensible. Puis il dit que la personne qui a mangé les olives est de ?. (Au vrai, ce sont les olives qui viennent de ce village). Puis il devient plus précis ; il dit que ma situation pécuniaire n'est pas si pénible, ou dangereuse. Des propositions d'argent ou de crédit me seraient faites sous peu ; de faire attention et de ne pas les accepter ; que j'avais seulement à surveiller mon budget ; que même si je gagnais 10.000F par mois, cette surveillance est nécessaire si je veux éviter des ennuis, et me trouver à l'aise.
(22) Belles-soeurs de l'auteur
(23) Frère ainé
[24] Souligné par l'auteur dans le texte. [25] Embarcation longue et étroite qui se manoeuvre à la pagaie ou à l'aviron (Petit Robert)