Abel GOURION,
Rèves transcrits, (1927-1942) I- Prédictions
Abel Gourion est mon père. Peu de temps avant sa mort, dans les années 72-73, il me confia ses carnets. Il avait 80 ans et sentait qu'il partirait, un jour, pas si lointain sans doute. Avec ce mélange très particulier de pudeur, d'affection et d'humour qui le caractérisait, il me dit d'en faire ce que je jugerais bon. Jamais je n'avais lu ses textes. Ils étaient toujours soigneusement enfermés à clef dans un petit meuble, près de son fauteuil, et personne n'aurait même songé à en violer les secrets jalousement protégés.
Dans ses nombreux carnets, qui sont pour moi le plus precieux des legs, je trouvais, post mortem, ce que mon géniteur avait couché sur le papier pendant des dizaines d'années. Je pris trois semaines de congé pour plonger dans cette précieuse mémoire qu'il avait pris la peine d'écrire. Pour qui ? Pour quoi ? Oui, pourquoi écrit-on, si ce n'est pour se survivre ? J'y trouvais des rèves, dont j'entreprends aujourd'hui la publication. Des poèmes. Un journal intime. Des écrits mystiques.
Qu'Internet permette aujourd'hui de faire connaître son travail, voilà un juste retour de la technologie moderne à un homme d'un autre siècle. Il était né à Renault (Algérie), en 1893.
Voici ses rèves, tels qu'il les manuscrit, quand il se levait très tot, dans le calme et le secret de la nuit algérienne. J'ai rajouté quelques photographies, souligné les mots-thèmes du rève, et mis en note de bas de page explications et références pour une première compréhension. Ben.
REVES 1929-1942
14-15 août 1920. Vers le réveil
On me nomme Sous-lieutenant. Une carte pour circuler en chemin de fer en attendant la nomination définitive par Guinguillard (ancien sous-lieutenant au 28ème Régt d'Artillerie). Je fais remarquer à Guinguillard que je ne suis pas très digne. Cycle d'études. Je n'ai qu'une seule destination. Je devais partir quelques jours après.
6.10 septembre 1926
J'allais recevoir un coup de poignard au dos, d'un Arabe.
21.22 octobre 1926
Aux Amis de Sédir [1]. Je ne cherche pas à voir Sédir. Avec un Ami. Une bibliothèque offerte à S. 2 meubles avec plusieurs glaces. Je devais offrir une bibliothèque moi-même. J'en avais préparé une : celle de mon bureau.
Israël avec quelqu'un.
Plusieurs fois, le même rêve : je me crois encore employé chez Russeil (il y a encore quelques jours).
22-23 octobre 1926
Un incendie dans un sous-sol, une cave d'un immeuble. L'immeuble est assez vieux. L'incendie est violent ; on finit par l'éteindre ; je ne suis que spectateur.
10-11 Avril 1927. Matin 2-4h
Les torches vivantes
Les clefs
Reynaut
Un Ami
Prières
Un rassemblement. Je m'approche. Un rassemblement comme s'il s'agissait d'un camelot vendant un produit. Puis on lance quelque chose ; en deux fois, deux trousses de deux clefs me tombent dans les mains, pour voir les torches vivantes.
Confidences, prières en plein air.
Reynart, un ami.
18-19 mai 1927. Matin
Un texte protestant. « Un de mes prénoms, le meilleur parmi les meilleurs ».
30-31 mai 1927 vers 4-5h du matin.
Une prédiction, cartomancienne ou devineresse. Un rôle capital ou important que je devais jouer, et dont je ne paraissais pas me douter.
16.9.27.
Rassemblement de troupes, puis mouvements de troupes. En un fond de plaine des cavaliers galopent en diverses directions ; nous dominons d'une hauteur ; j'ai quelques vertiges de tomber.
29.2.1928-1.3.1929
Un cadavre articulé ; transporté près de la mer ; du haut d'un talus dont le fond était planté d'arbres (de pins). Une femme. Ce cadavre et cette femme.
10-11 mai 1929
L'enterrement d'une femme âgée, employée dans une maison publique, une ancienne prostituée. Faste de cet enterrement ; je reçois une certaine coiffure à placer sur ma tête. Elle avait vécu dignement, remplissant une vie de labeur qui gardait toute sa valeur propre.
Un rat. Une souris. Je la suis. La bête finit par disparaître.
9-10 mai 1929
Deux vaisseaux passant par le chenal d'un port ;
le premier accoste et se jette contre les quais au cours de sa manoeuvre, à deux ou trois reprises, secouant tout le quai, causant d'assez gros dommages.
14-15 mai 1929
Explosion dans une pièce d'appartement, salle de bains.
19-20 mai 1929
Mariage avec Elise ; il en est question de nouveau, longuement ; longtemps après, le mariage était fixé ; puis je dis qu'il fallait attendre sa guérison. Entretien avec mon oncle et ma tante. Puis après je me souviens qu'Elise est morte, longtemps après.
Mardi - mercredi 12-13 juin 1929
Une tempête terrible. Sur la mer des navires comme échoués ou perdus. Dans le port de nombreux navires de guerre Sur une pointe du sol face à la mer, j'appréhendais même un fort éboulement ou l'écroulement de la terre elle-même, tant l'eau, le vent, la tempête soufflaient avec violence. Une vague énorme venant du large et s'avançant ; nous fuyons vers l'Intérieur de la terre pour ne pas être atteints. Le rêve est fort, prenant et bien vécu ; le mouvement en est puissant.
[1]Paul Sédir de son vrai nom Yvon Le Loup (1871-1926) fut un ésotériste et un mystique français auteur de très nombreux ouvrages. SEDIR, (souvent écrit S.) est l'un des fondateurs des Amitiés Spirituelles. Ce groupe est constitué des "Amis" dont parle souvent l'auteur. SEDIR est l'auteur de nombreux ouvrages sur la mystique et l'ésotérime. Voir :