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Ce site / blog artistique et ludique a pour vocation de présenter mes productions, et celles d'auteurs invités : livres, poèmes, chansons, nouvelles, expositions, billets d'humeur sur la vie culturelle, politique, sociale et juridique, émissions de radion, compositions musicales électro-acoustiques.

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(294) Le Roman fou des tangos, par Ben Mariclé - (9) Les personnages : Flore


Flore DECUNA face à ses projections

Dans une famille où tous les premiers mâles portaient invariablement le nom du grand-père et les filles celui de grand-maman, Flore, elle, a hérité des plis, des rides, des contours, des détours et j'en passe, de l'histoire familiale.

Parler d'histoire, c'est aller un peu vite, car ce qui caractérise l'histoire de la famille de Flore, c'est que chacun de ses membres semble frappé d'amnésie dès lors qu'on lui demande de la raconter.

 Le seul fait marquant qui résiste au gommage, c'est la guerre civile du Patriarche, aimé et vénéré par tous. Trahi et condamné à mort, il est revenu un jour des geôles où on avait fini par l'oublier. Pendant toutes ces années, il n'y a pas eu d'histoire, comme si les jours sans lui n'avaient pas été dignes de laisser de trace.

A son retour, il eut le choix entre demander raison pour vingt cinq ans d'histoire perdue (mais cela aurait fait tout un tas d'histoires), et demander que l'on n'en parle plus. C'est ce qu'il fit.

La mère de Flore, fan de son-père-le-héros, força le trait, se vida la tête et remplit le vide abyssal de romans à l'eau de rose, de chansons d'amour déçu. L'enfant à venir serait nouvelle, princesse, et attendrait docilement, le prince charmant qui ne manquerait pas de venir.

Ce qui vint, ce fut l'exil, le froid et la perte des maigres radicelles qu'elle avait reçues à la naissance. Elle devint « Princesse Cosette ».

Lassée d'être tiraillée entre les chimères de sa mère et les regards méprisants, Flore dut très vite se résoudre à se remettre au monde. Elle prendrait le destin à bras le corps, et cette enfant bien faite, deviendrait une femme de tête. Flore ne se contenta pas d'apprendre une nouvelle langue, elle l'aima, l'adopta, l'épousa.

Depuis quinze ans, responsable du secteur de l'Amérique latine dans une maison d'édition, elle a cru, quelque temps, avoir atteint son rêve : découvrir de nouveaux talents, les faire connaître. Au-delà des idées, c'est  la qualité de la langue, sa beauté, qui est l'objet de son attention. Elle se révèle intransigeante, excessive parfois. Flore est une esthète. Elle est reconnue pour la qualité de son travail, admirée souvent, rejetée parfois. La distance, c'est elle qui la cultive. Princesse-Cosette n'est jamais loin.

C'est cette dernière qui, depuis quelques mois se montre insistante : « pas assez, Flore. Tu juges le travail d'autrui, serais-tu capable de créer ? »

Elle ne se lâche pas, Flore, elle se malmène. Ce nouveau projet, pourtant lui semble pouvoir concrétiser son besoin d'aventure. Flore a besoin d'espace, de champs à découvrir comme on le ferait d'un pays lointain.

Depuis, elle cherche, marche, erre vers cette contrée qu'elle sait exister en elle. Le voyage, elle le fera seule, gardant jalousement le secret du rendez-vous qu'elle s'est fixé. Elle essaie d'arracher à sa vie bien remplie (trop remplie ?) des cinq-à sept, où, elle peine à se l'avouer, le plaisir obtenu n'est pas souvent à la hauteur de l'attente.

C'est mal connaître Flore de penser qu'elle renoncera ! 

Pour lire la suite, cliquer ICI.
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