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  • : Ce site / blog artistique et ludique a pour vocation de présenter mes productions, et celles d'auteurs invités : livres, poèmes, chansons, nouvelles, expositions, billets d'humeur sur la vie culturelle, politique, sociale et juridique, émissions de radion, compositions musicales électro-acoustiques.
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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 14:32

affiche flyer 24 avril Villeurbanne 03


Bubble Art présente


Un Ennemi du Peuple


de Henrik Ibsen


Le samedi 24 avril à 20h30


au Loft'Art

28, Rue Anatole France, 69100, Villeurbanne


avec


Barbara Heman

et

Jacques Guyader


Mise en scène d'Ouriel Zohar, du Théâtre du Technion à Haïfa (Israël)

280520091024.jpg


PAF : 10 €, étudiants et chômeurs 5€







416px-Ibsen_photography.jpg

Médecin de la station thermale récemment créée et administrée par son frère 

Peter Stockmann maire de la ville, le docteur Thomas Stockmann découvre 

bientôt que les eaux thermales sont empoisonnées. 

Le conflit éclate alors entre l’intérêt général de santé publique et les intérêts 

à la fois finanaciers et personnels des pouvoirs locaux. 

De la réunion publique où il va dire la vérité, le docteur Stockmann sort en 

"ennemi du peuple!" 

Plus décidé que jamais à combattre la "majorité compacte", «  il fera de ses 

fils des hommes libres ». 

De cette pièce de 1882 Ibsen écrit: 

« Je suis encore un peu hésitant sur la question à savoir si je dois l'appeler 

"comédie" ou "drame" : par bien des côtés, la pièce a le caractère d'une comé- 

die, mais elle a aussi un fondement sérieux.” 

Cette pièce quelque peu manichéenne décrit une lutte fratricide entre éthique et 

politique. 

Thomas a  pour lui  la morale, la vérité, un esprit de progrès à l’opposé d’un 

Peter réactionnaire et autoritaire psycho-rigide. 

Ibsen fait de Thomas le héraut de la vérité. Dans l'esprit de notre temps Tho- 

mas Stockmann est une sorte de justicier écologiste avant l'heure . 

La mise en scène épurée, basée sur l'invisible, fait appel à toute la force imagi- 

native des spectateurs, de même que le choix de rôle masculin-féminin, à la po- 

larité qui existe en chacun de nous . 


 
affiche-flyer-24-avril-Villeurbanne-03.jpg


Sherbrook et Valleyfield - Québec en 2009  / Minsk - Belarus, Liège - Belgi- 

que en 2008 / 

Ile de France et Var en 2007 

Au sein de l’Association Let There Be Light, La Compagnie Zohar présente 

Interventions théâtrales 

Vivre la réflexion des plus grands auteurs de théâtre sur les questions de l’identité, du cou- 

rage, de l’amour, de l’esthétique, du rapport à la nature et à l’environnement. 

Notre style 

A partir des recherches et mises en scène d’Ouriel Zohar , au moyen du verbe et du geste de 

l’acteur, créer une représentation originale de l’imaginaire philosophique, émotionnel, éco- 

nomique présents en chaque être humain. 

Principaux itinéraires : 

Ouriel Zohar : homme de théâtre et universitaire, est fondateur du Théâtre du Technion à Haï- 

fa (ISR) 

Jacques Guyader : comédien et créateur de one man show présentés au Festival off d’Avignon 

est spécialiste de la langue anglaise 

Barbara Heman :, s’est initiée au spectacle vivant auprès de grands professionnels est égale- 

ment peintre-graveur et décoratrice 


Henrik Ibsen


Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

 

Fils de Marichen Ibsen (née Altenburg) et de Knud Ibsen, Henrik Johan Ibsen naît dans un foyer que la faillite des affaires paternelles, en 1835, va rapidement désunir. Son père sombre dans l'alcoolisme après que les biens familiaux ont dû être vendus, tandis que sa mère se réfugie dans le mysticisme. L'ensemble de la famille déménage à Gjerpen, où Henrik Ibsen fait sa confirmation en 1843.

Il quitte le domicile familial la même année pour s'installer à Grimstad, où il travaille comme préparateur en pharmacie chez Jens Aarup Reimann. Parallèlement, il poursuit ses études dans le but de devenir médecin, une orientation qu'il abandonne ensuite.

Les événements révolutionnaires de 1848 le conduisent à écrire sa première pièce, Catilina. Celle-ci est publiée en 1850 à compte d'auteur, en 250 exemplaires, sous le pseudonyme de Brynjolf Bjarme, par les bons soins d'Ole Carelius Schulerud. Cet ami d'Henrik y consacre une somme d'argent héritée, après le refus du manuscrit par le Christiana Theater.

À l'époque de cette première publication, Henrik Ibsen travaille toujours comme apprenti et préparateur en pharmacie, étudie et écrit la nuit, prend des cours privés de latin, et participe à la rédaction du journal de l'Association des étudiants et de l'hebdomadaire littéraire et satirique Andhrimner. Le 1er avril 1850, il se rend à Christiana pour passer son baccalauréat et entrer à l'université. Son esprit fourmille déjà de nouveaux projets littéraires, et il couche sur le papier une seconde pièce en un acte, Le Tertre des guerriers, qui est acceptée par le Christiana Theater. Le 26 septembre 1850 est donc jouée pour la première fois une pièce d'Henrik Ibsen (bien que toujours sous le pseudonyme de Brunjolf Bjarme), devant un public de 557 spectateurs. L'accueil est mitigé. Il faut attendre longtemps encore pour qu'Ibsen connaisse le succès.

En 1851, le violoniste Ole Bull, fondateur du Norske Theater de Bergen, lui propose d'en devenir le directeur artistique. Henrik Ibsen accepte ce poste, et s'installe à Bergen. Il réalise également un voyage d'études à Copenhague, puis à Dresde, pour se familiariser avec les techniques du théâtre.

Ses propres représentations n'y connaissent pas un grand succès.

En 1858, il épouse Suzannah Thorensen et devient conseiller artistique au Christiana Theater. Leur fils Sigurd naît le 23 décembre de l'année suivante.

En 1862, le Christiana Theater doit fermer ses portes, et Henrik Ibsen, libéré de ses obligations de directeur, fait un voyage dans le Gudbrandsdal et l'Ouest de la Norvège, pour récolter des éléments de légendes populaires nordiques.

En 1864, il obtient une bourse, et quitte la Norvège pour Rome. Il ne revient pas dans son pays d'origine avant vingt-sept ans. Il voyage à travers l'Europe, passant par l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie, et son écriture s'incline vers le réalisme social, délaissant les influences du romantisme. Le drame social Une maison de poupée (1879) obtient un succès international et dans les années qui suivent, sa renommée devient telle que ses pièces sont montées presque simultanément dans les capitales d'Europe.

Il rentre en Norvège en 1891 en auteur internationalement connu. Son 70e anniversaire, en 1898, est l'occasion de festivités nationales à Christiana, Copenhage et Stokholm notamment.

En 1900, il est victime d'une attaque cérébrale, qui le laisse dans l'incapacité d'écrire jusqu'à son décès le 23 mai 1906.

Entre 1914 et 1915, le Français Pierre Georget La Chesnais (connu en Norvège sous le nom de P.G. La Chesnais) traduit l'intégralité de ses œuvres dramatiques commentées en seize volumes qui paraîtront dans les années 1930.


Œuvres


 

Premières éditions théâtrales en norvégien 

  • Catilina, P. F. Steensballe, Christiana, 12 avril 1850.
    • Première représentation : 3 décembre 1881 au Nya teatern de Stockholm. Mise en scène : Ludvig Oscar Josephson.
  • Kjæmpehøjen (Le Tertre des guerriers), in Scandinavian Studies and Notes, 1917 (posthume).
    • Première représentation : 26 septembre 1850 au Christiania Theater. Mise en scène : Christian Jørgensen.
  • Norma (Norma), in Écrits posthumes T.I, 1909 (posthume).
    • Première représentation : 5 novembre 1994 par le Studentenes Interne Teater à Trondheim . Mise en scène : Marit Moum Aune. (posthume)
  • Sancthansnatten (La Nuit de la Saint-Jean), in Écrits posthumes T.I, 1909 (posthume).
    • Première représentation : 2 janvier 1853 au Norske Theater de Bergen.
  • Fru Inger til Østeraad (Dame Inger d'Østråt), en feuilleton du 31 mai au 23 août 1857 dans la revue Illustreret Nyhedsblad.
    • Première représentation : 2 janvier 1855 au Norske Theater de Bergen.
  • Gildet paa Solhoug (La Fête à Solhaug), Chr. Tønsberg, Christiana, 19 mars 1856.
    • Première représentation : 2 janvier 1856 au Norske Theater de Bergen. Mise en scène : Henrik Ibsen.
  • Olaf Liljekrans (Olaf Liljekrans), (trad. Emma Klingenfeld), in Œuvres complètes d'Henrik Ibsen, Berlin, 1898.
    • Première représentation : 2 janvier 1857 au Norske Theater de Bergen. Mise en scène : Henrik Ibsen.
  • Hærmændene paa Helgeland (Les Guerriers de Helgeland), supplément à l'hebdomadaire Illustreret Nyhedsblad, Christiania, 25 avril 1858.
    • Première représentation : 24 novembre 1858 au Christiania Norske Theater.
  • Kjærlighedens Komedie (La Comédie de l'amour), supplément gratuit à l'hebdomdaire Illustreret Nyhedsblad, Christiania, 31 décembre 1862.
    • Première représentation : 24 novembre 1873 au Christiania Theater. Mise en scène : Ludvig Josephson.
  • Kongs-Emnerne (Les Prétendants à la couronne), Johan Dahl, Christiania, octobre 1863.
    • Première représentation : 17 janvier 1864 au Christiania Theater.
  • Brand (Brand), Gyldendalske Boghandel, Copenhague, 15 mars 1866.
    • Première représentation intégrale : 24 mars 1885, au Nya Teater de Stockholm. Mise en scène : Ludvig Josephson.
  • Peer Gynt (Peer Gynt), Gyldendalske Boghandel, Copenhague, 14 novembre 1867.
    • Première représentation : 24 février 1876, au Christiania Theater.
  • De unges Forbund (L'Union des jeunes), Gyldendalske Boghandel, Copenhague, 30 septembre 1869.
    • Première représentation : 18 octobre 1869 au Christiania Theater.
  • Kejser og Galilæer (Empereur et galiléen), Gyldendalske Boghandel, Copenhague, 16 octobre 1873.
    • Première représentation : 5 décembre 1896 au Leipzig Stadttheater (Allemagne) (version retravaillée de 6 actes)
  • Samfundets Støtter (Les Soutiens de la société), Gyldendalske Boghandels Forlag, Copenhague, 11 octobre 1877.
    • Première représentation : 14 novembre 1877 à l'Odense Teater (Danemark).
  • Et Dukkehjem (Une Maison de poupée), Gyldendalske Boghandels Forlag, Copenhague, 4 décembre 1879.
    • Première représentation : 21 décembre 1879 au Kongelige Teater de Copenhague.
  • Gengangere (Les Revenants), Gyldendalske Boghandels Forlag, Copenhague, 13 décembre 1881.
    • Première représentation : 20 mai 1882 à l'Aurora Turner Hall (Chicago).
  • En folkefiende (Un ennemi du peuple), Gyldendalske Boghandels Forlag, Copenhague, 28 novembre 1882.
    • Première représentation : 13 janvier 1883 au Christiania Theater. Mise en scène : Johannes Brun.
  • Vildanden (Le Canard sauvage), Gyldendalske Boghandels Forlag, Copenhague, 11 novembre 1884.
    • Première représentation : 9 janvier 1885, à la Nationale Scene de Bergen. Mise en scène : Gunnar Heiberg.
  • Rosmersholm (Rosmersholm), Gyldendalske Boghandels Forlag, Copenhague, 23 novembre 1886.
    • Première représentation : 17 janvier 1887, à la Nationale Scene de Bergen. Mise en scène : Gunnar Heiberg.
  • Fruen fra Havet (La Dame de la mer), Gyldendalske Boghandels Forlag, Copenhague, 28 novembre 1888.
    • Première représentation : 12 février 1889 : au Hoftheater de Weimar et au Christiania Theater.
  • Hedda Gabler (Hedda Gabler), Gyldendalske Boghandels Forlag, Copenhague, 16 décembre 1890.
    • Première représentation : 31 janvier 1891 au Residenztheater (Munich).
  • Bygmester Solness (Solness le constructeur), Gyldendalske Boghandels Forlag, Christiana, 12 décembre 1892.
    • Première représentation : 19 janvier 1893 au Lessing-Theater (Berlin).
  • Lille Eyolf (Le Petit Eyolf), Gyldendalske Boghandels Forlag, Copenhague, 11 décembre 1894.
    • Première représentation : 12 janvier 1895 au Deutsches Theater (Berlin).
  • John Gabriel Borkman (John Gabriel Borkman), Gyldendalske Boghandels Forlag, Copenhague, 15 décembre 1896.
    • Première représentation : 10 janvier 1897 au Svenska Teatern (Théâtre suédois) et au Suomalainen Teaatteri (Théâtre finlandais).
  • Når vi døde vågner (Quand nous nous réveillerons d'entre les morts), Gyldendalske Boghandels Forlag, Copenhague, 22 décembre 1899.
    • Première représentation : 26 janvier 1900 au Hoftheater (Stuttgart).

Traductions en français

  • Œuvres complètes, texte français Pierre Georget La Chesnais, Librairie Plon, Paris, 1930-1945, 16 vol.
    • Tome I, Œuvres de Grimstad (1847-1850), 1930: Poèmes / Le Prisonnier d'Akershus / Catilina (1850).
    • Tome II, Œuvres de Kristiania (avril 1850-octobre 1851), 1930: Poèmes / Proses / Norma (1851) / Le tertre du guerrier (1850).
    • Tome III, Œuvres de Bergen (octobre 1851-août 1857) , 1932: Poèmes / Proses / La Nuit de la Saint-Jean (1852) / Mme Inger d'Astract (1854).
    • Tome IV, 1932: Œuvres de Bergen (octobre 1851-août 1857 suite): La Fête à Solhaug (1855) / Olaf Liljekrans (1850-1856) / Les Guerriers à Helgeland (1854-1857).
    • Tome V, Œuvres de Kristiania. Second séjour (1857-1864), 1934 : Poèmes et Proses.
    • Tome VI, Œuvres de Kristiania second séjour, (suite), 1934 : La Comédie de l'amour (1862) / Les Prétendants à la couronne (1863).
    • Tome VII, Œuvres d'Italie. Premier séjour (1864-1869), 1935 : Brand(1865).
    • Tome VIII, Œuvres d’Italie. Premier séjour (suite), 1936 : Peer Gynt (1867).
    • Tome IX, Œuvres de Dresde (1867-1873) , 1937 : L'Union des jeunes (1867-1869) / Poèmes / Empereur et Galiléen (notice).
    • Tome X, Œuvres de Dresde (1867-1875), 1937 : Empereur et Galiléen (1873).
    • Tome XI, Les Drames modernes, 1939 : Poèmes / Discours / Les Soutiens de la société(1877) / Maison de poupée (1879).
    • Tome XII, Les Drames modernes (suite), 1940 : Les Revenants (1881) / Un ennemi du peuple (1882).
    • Tome XIII, Les Drames modernes (suite), 1941 : Le Canard sauvage (1884) / Rosmersholm (1886).
    • Tome XIV Les Drames modernes (suite),1943 : La Dame de la mer (1888) / Hedda Gabler(1890).
    • Tome XV, Œuvres de Kristiana, troisième séjour (1895-1906), 1945 : Le Constructeur Solness (1892) / Petit Eyolf (1894).
    • Tome XVI, Œuvres de Kristiana, troisième séjour, suite, 1945 : John Gabriel Borkman (1896) / Quand nous nous réveillerons d'entre les morts (1899), Proses, Tables.
  • Les douze dernières pièces texte français et présentation Terje Sinding, Imprimerie Nationale, coll. « Le Spectateur français », Paris, 4 vol.
    • Tome 1, 1991: Les Piliers de la société / Maison de poupée / Les Revenants.
    • Tome 2, 1991 : Un Ennemi du peuple / Le Canard sauvage / Rosmersholm, texte français en collaboration avec Bernard Dort.
    • Tome 3, 1993 : La Dame de la mer / Hedda Gabler / Solness le constructeur.
    • Tome 4, 1993 : Le Petit Eyolf / John Gabriel Borkman / Quand nous nous réveillerons d’entre les morts.

 

Traductions françaises 

Bibliographie

Lien connexe

  • BRAND : mise en scène commune par Stéphane Braunschweig et Anne-Françoise Benhamou (lieu et date inconnus) [Le Monde du jeudi 9 août 2007]


 


 

 

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Les Notes d'un Souterrain

Tentative d'exploration des bas-fonds et des hauts cieux dans la Sphère - Blog littéraire sur le roman moderne

 

 

20 juin 2009

Un Ennemi du peuple (1881), d'Ibsen - Les "Nouveaux Réactionnaires" - Le procès de la modernité

 

     Il se produit depuis plusieurs années une réaction – chimique ? mentale ? spirituelle ? – que je qualifierais, si j’osais inventer des mots au lieu d’en trouver des vrais, de « tentative de dessillation des yeux », d’arrachage d’écailles des prunelles. Un terme bien barbare pour une notion toute spirituelle, ou politique. Les vieilles idées meurent. Comme le dit Stockmann, dans la pièce d’Ibsen, Un Ennemi du peuple, « une vérité normalement constituée vit – disons – généralement dix-sept à dix-huit ans, vingt tout au plus ; rarement davantage. » (p. 102, Editions de l'Imprimerie Nationale). C’est certainement une citation de Jean-Marie Domenach, dans Le Retour du tragique, citation que je soupçonne d’avoir glissé d’une liasse d’anciens cours de facs qui ne m’auront laissé que peu de marques dans la cervelle, qui m’a donné envie de relire cette pièce « polémique ». Il y est dit :

La destruction de l’être se présente à l’homme comme son bien immédiat, et, désirant le bonheur, la paix et l’efficacité, c’est la mort qu’en fait il poursuit, - non la mort personnelle dont la reconnaissance orienterait son destin, mais la mort inconsciente, entropique, par immersion dans le bain tiède de la banalité bavarde, surabondante, insignifiante.

    Stockmann, petit médecin d’une petite ville de Norvège, découvre que l'eau des Bains de la ville est infectée par des bactéries, des « infusoires » et des « matières organiques en décomposition », soit, pour le dire vulgairement, de la merde… Mais dans sa tentative de dénonciation, dans sa volonté de « briser ce cercle de vieux réactionnaires qui détiennent le pouvoir » (p. 41), Stockmann est arrêté très vite par les puissants de la ville : le préfet, puis les petits propriétaires, puis les journalistes qui se retournent contre lui, et enfin le peuple. Toute la pièce, qu’il est difficile de définir – drame, tragédie, pièce du tragique quotidien, peu importe au fond -, toute la pièce raconte la lente révolution qui s’opère dans l’esprit de Stockmann qui œuvre au début pour « la libération des masses » (p.42) mais qui, très vite, dénonce le mal de la démocratie (avec notamment cette formule cinglante : « Les libéraux sont les pires ennemis des hommes libres »), au risque de passer pour un aristocrate, un monarchiste ou un réactionnaire :

Le pire ennemi de la vérité et de la liberté, c’est la majorité compacte. La maudite majorité compacte et libérale. […] La majorité n’a jamais le droit pour elle, vous dis-je ! C’est un de ces mensonges contre lesquels tout homme libre et intelligent doit se révolter. […] La minorité a toujours raison. […] Ce que je veux dire, c’est précisément que les masses, la majorité, cette satanée majorité compacte, que c’est elle qui empoisonne les sources vitales de l’esprit et contamine le sol sous nos pieds.

Si ça n’est pas réactionnaire en apparence, cette diatribe, alors toute la démocratie est à refonder. D'ailleurs Stockmann crie à qui veut l'entendre, c'est-à-dire personne, que « c’est toute la société qu’il faut purifier, désinfecter » (p. 66). En réalité, Ibsen ne lance pas un quelconque manifeste pour un retour de la monarchie, il cherche au contraire à définir une société nouvelle dans laquelle la « noblesse d’esprit » gouvernerait les « plébéiens d’esprit ». Les plus sots crieront donc à l’élitisme et dresseront de vastes diagrammes en forme de pyramides pour montrer toute l'inégalité que ce système propose. Mais cela ne concerne absolument pas une tare de la plèbe, mais plutôt son ignorance concernant son véritable rôle dans la société démocratique. Le fait de croire que « la masse, la foule, la majorité compacte, a le monopole de la morale et de la liberté d’esprit » est une contrevérité selon Ibsen. Toute sa hargne se dirige contre les notables de la ville, les puissants, les autorités, qui n’hésitent pas à « bâtir la fortune de la ville sur un marécage de mensonges et de tromperies » (p. 108). Mais en révélant une vérité qui devait sauver son pays, Stockmann est moqué, lynché verbalement, accusé de haïr son pays et d’être au final le pire ennemi du peuple. Le tragique de notre quotidien le plus prosaïque...

Le bonheur de l’aveuglement laisse place à une constatation amère de la réalité. Ce qui est le reflet de ce qui se produit en ce moment dans notre société. Dantec n’a-t-il pas accusé la République de tous les maux ? Houellebecq n’est-il pas en train de peindre les contours abominables et vaguement informes, comme dessinés par la main tremblante d’un enfant, de nos sociétés modernes. Finkielkraut, Kundera et d’autres ne font-ils pas tout simplement le procès de la modernité, de ce qu’on nomme la modernité ? Les nouveaux réactionnaires, ou les contre-réactionnaires, c’est comme on voudra, dénoncent ce qu’on veut leur montrer comme étant la modernité, ou plutôt ils dénoncent le lien fallacieux qu’on a voulu établir entre modernité et progrès. Qui est ce "on" ? La presse, les politiciens ?  Tous les réactionnaires qui se battent pour le silence ? Stockmann, au fond, est un contre-réactionnaire car il tente de se battre contre des mensonges établis. Mais « personne dans cette ville n’ose faire quoi que ce soit par peur des autres. » (p.115) Quand Philippe Murray parle dans Le Cadavre bouge encore de « la France des droits de l’homme [qui] a gagné contre l’humain », de la « rhinocérosification » des masses, quand Finkielkraut explique que « si l’on choisit, en effet, d’adopter vis-à-vis du passé la posture du procureur antifasciste, antiraciste, antisexiste, antihomophobe, radicalement égalitaire et fier de toutes les Pride, alors aucun philosophe, aucun artiste, aucun écrivain n’arrive à la cheville des militants d’Act Up ou même des lecteurs de Télérama » (Ce que peut la littérature, « Le pouvoir du roman »), au fond ils ne disent pas autre chose que Stockmann.

    L’autre jour, faute de moyens, et je ne blâme pas plus la crise économique que mon inaliénable oisiveté, j’ai dû me rendre à la bibliothèque pour palier à une certaine angoisse naissante. Un ennui. Je me rallie à un choix de livres de ceux qu’on appelle donc les « nouveaux réactionnaires » : Finkielkraut, Le Cadavre bouge encore et le dernier roman d’Eric Zemmour. Voyant immédiatement le danger d’un tel choix, aux yeux des autres, je rajoute par-dessus quelques romans pour cacher le tout. Mais, comme mue par un réflexe ancestral, un reflexe pavlovien qui découle en réalité de notre XXIe siècle, lorsqu’on apprit que des « mots-balises », signaux verbaux ou stimuli auditifs, prononcées au téléphone pouvaient immédiatement alerter une plate-forme informatique qui s’empressait d’enregistrer notre conversation et de la diffuser à quelques bureaux obscurs de la CIA, des mots comme bombe, attentat, terroriste, la simple apparition de ce roman d’Eric Zemmour suscita chez la bibliothécaire un sifflement, un regard surpris et, tout cela en même temps, un mouvement de tête qui se déploya mécaniquement vers moi. Il va de soi que cela ne concernait absolument pas le style dudit roman. Elle ne l’avait pas lu. Marc Lévy, Angot, Beigbeder pouvait être empruntés en tout anonymat. Mais Zemmour, cet anti-antiraciste, ce raciste donc, cet ennemi du progressisme, ce réactionnaire donc, ce fasciste, Zemmour c’était pas possible. Commençant à suer à grosses gouttes, apeuré par la simple idée qu’elle crie à tout le monde ce que j’avais eu la bêtise d’emprunter, je fus soulagé lorsqu’elle découvrit avec surprise la présence de Finkielkraut. Elle me dit avec un regard complice que lui, je pouvais le lire. Son jugement n’avait donc rien à voir avec le style ni même avec les idées. Je me suis rendis compte que Zemmour était devenu à son tour un mot-stimulus dans le grand appareil qu’est la vie sociale. Dire Zemmour, ça n’était pas seulement dire un nom, c’était émettre une opinion, faire une profession de foi, avouer son appartenance, ses idées, c’était dévoiler tout son être d’ombre et d’excrément aux yeux des bonnes consciences. Depuis ce jour, j’ai apprivoisé ce maléfice qui est en moi.

 

 

 

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Published by Ben - dans Bubble Art
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