Résumé : Cancer du foie imaginaire, voyage reel et fantasmé. Je pars à Las Palmas de Gran Canarias. M. Hublot, mon alter allego, a fait son reporter et m’a trouvé un bateau, celui d’André, le WORLD, rien que ça !
EXTRAITS DU LIVRE DE BORD DU S/M WORLD
30 JANVIER 2011 DÉPART LAS PALMAS – PERSONNES EMBARQUÉES :
- M. Pierre Alain GOURION
- M. Hyposulfite HUBLOT
- M. Jérôme PANEIRA
- M. André VADE
- 9H15 LOCH 1259 - PLUIE, BONNE AVERSE- VENT N/E 2/3 – VOILES : INTER + GV 1 RIS – LAS PALMAS PLEIN GASOIL 187 LITRES, 160 €, 0,871 LE LITRE.
Oui, l’averse était bonne, le temps maussade et les esprits chauds. On paye le port avec la caisse de bord, on fait les pleins, eau, gasoil, provisions de bouche et de ventre, révision moteur et voiles (c’est un ketch, 2 mats), et roulez carrosse dans le vent et la houle...
Vent de force 5, ça va, mais André, qui prévoit tout, sait déjà, lui, que cela va forcir : il demande donc à l’équipage de mettre à l’avant l’inter (c’est un foc intermédiaire entre le génois (grand, plus grand que la grand voile dite GV) et le petit. Et c’est lui, avec Jérôme le Marseillais qui prends d’entrée un ris sur la GV (t’enroule la voile pour la réduire, pas coton quand ça souffle fort). Hublot regarde, intéressé par tout ce toutim.
- 10h58 – VENT N/E 5, VISIBILITÉ MOYENNE, BAROMÈTRE 1016 MILLIBARS, VITESSE 7 NŒUDS, CAP DEMANDE 160°, ALLURE BON PLEIN -
Toujours 5 Beaufort, mais bon, ya quand même de la grosse houle qui forcit. Hublot me regarde devenir progressivement blanc comme farine ; il s’inquiète un peu, mon chéri.
Mais n’anticipons pas. Rappelons d’abord LE CONTRAT. Contrat, que viens faire ici ce mot aux allures juridiques, sur un voilier ? C’est que c’est hyper règlementé, un bateau, quand ça part pour naviguer de jour comme de nuit…Le contrat, accord de volontés, je l’ai conclu la veille du départ avec l’équipage qui lui, navigue déjà ensemble depuis un mois. Nous, avec Hublot, on est les petits nouveaux : on a fait du bateau stop et, pour être accepté, on leur a dit qu’on était, ma foi, des marins honorables avec de l’expérience et tout. Baratin ! Nous ne savons rien, mais rien du tout de ce qu’est une navigation de haute mer, et ce ne sont pas mes stages aux Glénants qui remontent à l’an quarante, mes expériences de dériveur ou de planche à voile qui y changent grand chose …
Quant au Hublot, c'est un ignare total.
On leur a fait du charme, quoi, aux deux marins confirmés qui nous ont pris à bord, et Hublot n’a pas été le dernier avec sa bouche en cul de poule. Ils se sont laissé convaincre sans mal, je ne comprends encore pas pourquoi. Peut-être parce qu’ils savent fort bien qu’ils peuvent mener le bateau sans nous, c’est sûr, et que même si on est malade comme des chiens, bon, c’est pas bien grave pour eux.
Le contrat, c’est : vous êtes deux équipiers, vous participez à tout, les manœuvres prioritaires et la bouffe nécessaire, les quarts la nuit ( 2 heures) et la vaisselle encore. 24h sur 24. Bon, d’accord, c’est le jeu, oui André, on participe à tout. OK montez les gars, heureux de vous accueillir. Merci Papa.
Ils nous ont placé dans le bateau, Hublot devant, dans une bonne couchette bien large, et moi dans le carré, avec André, pour faire mon lit le soir j’en avais pour ¼ d’heure un peu compliquée mais bon.
André, il reste dans le carré car il ne dort que d’un œil, on ne sait jamais ce qui peut ce passer avec ce satané pilote automatique qui, si le vent tourne, peut t’embarquer dans un empannage dangereux pour hommes et matos.
Jérôme, lui, a une cabine d’enfer, à l’arrière, du cinq étoiles ++, du palace.
Bon, on est les derniers arrivés, hein, quoi ?
- Alain, couche toi, t’as ton quart à 2h du mat, je te réveillerai …
- Toi, Hublot, ton quart sera à 7h30 demain matin.
Ah bon, et pourquoi Hublot va-t-il dormir toute la nuit et moi non ?
J’ai fait mon lit, j’en menais pas large, un peu plus blanc que blanc, mais si tu fermes les yeux, en général, ça passe.
En général, putain de bordel de merde de marins et de vagues …
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