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Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 15:31

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Le Cancer et l'Atlantique

(1) Traverser le Rêve

par Pierre Alain Gourion, samedi 15 janvier 2011, 15:22

Nous étions en janvier et la France déprimait. Sarkozy ne l’amusait plus. La patrie de la Liberté détenait le record du monde de la consommation de neuroleptiques par tête d'habitant, et concourrait pour celui du meilleur populisme.

Nous étions en janvier et l’Europe déprimait. Le gouvernement hongrois, investi de la Présidence de l’Union, avait décrété le contrôle des journalistes et la limitation drastique de la liberté de la presse. L’avenir était sombre.

 

Je commençais moi aussi à sentir le poids de l'hiver, des conflits sociaux avortés et des humains désabusés. J'étais assis au coin du feu, pensif, un rien mollasson et comme mou du cerveau. Sans me vanter, c'est inhabituel. Face à moi, Monsieur Hublot réchauffait ses couilles flasques et me regardait en coin. Derrière ses lunettes à monture d'écailles, ses gros yeux globuleux pleins de malice et de bonté me scrutaient à la dérobé. 

 

- Tu t'ennuies un peu, n'est-ce pas ?

- Oui, j'en ai peur, cher Hublot ...

- Il va falloir que tu bouges !

- Ah bon ...

 

Monsieur Hublot est en général de bon conseil pour moi. Il poursuivit :

 

- Tu devrais faire un voyage ...

- Puisque tu le dis ... Tiens, d'accord ! Que penserais-tu d'une traversée de l'atlantique à la voile ?

- l'Atlantique ou l'Atlantide ?

- l'atlantique, idiot, l'atlantique nord ! C'est la bonne saison, avec le Gulf Stream qui tourne dans le bon sens et les alizés réguliers qui poussent vers les Antilles. Tu m'accompagnerais ?

- Moi ?

- Oui, toi !

- Mais je ne sais même pas nager, je ne connais rien aux jeux des vents et des voiles et j'ai, de surcroît, le mal de mer ...

- Tu t'amarineras, Hublot ! D'ailleurs, tu es prédestiné par ton nom lui-même ! Un hublot comme toi ne saurait échapper longtemps à la mer et aux cieux !

 

Il bougonnait dans son coin, pas convaincu du tout, regrettant sa suggestion de voyage, et adopta la tactique du mutisme mécontent. Plus tard, il prit un gros livre (c'était les Essais de Montaigne, dans l'édition de l'Imprimerie nationale) et fit mine de s'y plonger. Mais je n'étais pas dupe, même s'il tournait de temps à autres les pages pour me donner le change.

 

Moi, je suis allé dans mon placard à cartes, guides et récits de voyages. L'idée était de traverser l'atlantique nord depuis les Iles Canaries ou le Cap Vert, car j'avais lu que c'était la période favorable et le chemin pour être conduit, en trois semaines de navigation, vers l'archipel des Caraïbes.

 

J'aime les cartes, qu'elles soient marines ou terrestres, d'état-major ou michelines. Elles nous parlent d'au delà, de rivages et de  contrées lointaines. Représentations graphiques des réalités, elles permettent de vite comprendre, et souvent de rêver.

 

Mon esprit s'envola. J'étais parti pour le rêve atlantique ... 

 

 

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