Partager l'article ! (328) M. Hublot à Buenos Aires. (6) Le Tournage.: Buenos Aires, Dimanche 13 juin 2010. Envoyé Spéci ...
Buenos Aires, Dimanche 13 juin 2010.
Envoyé Spécial, l'émission de la 2ème chaîne de télé française, ne réalise pas ses tournages elle-même. Elle les fait réaliser, sur propositions, par des sociétés de production externes. C'est le
cas pour ce "Carnet de Voyage", qui part d'une idée d'un journaliste pigiste à CAPA TV, Martin MISKI. Il est jeune, rapide et brillant. Stressé aussi, le monde des médias n'est pas facile de nos
jours... CAPA TV, l'une des premières agence de presse et de vidéo de l'hexagone, a signé le sujet ... lundi pour un départ mercredi. Tout se fait donc dans l'urgence. (1)
Bien heureusement, Martin a bossé bien avant la signature : idée, écriture d'un "séquentiel", recherche d'infos sur le tango (il n'y connait rien mais apprends vite, c'est une éponge à rejets
rapides), sélection des danseurs et du coach sur place, de préférences français. Les deux superwomen journalistes présentatrices de la 2 veulent aussi que l'aspect "industrie du tango" à Buenos
Aires soit présent dans le contenu.
Rendez-vous à l'Axel Hôtel, calle Venezuela, 649, à midi. Je suis en avance, Hublot m'a tanné pour être bien à l'heure ... Du coup, il a le temps d'admirer le bâtiment, dont l'architecture
intérieure est, dit-il, tout à fait remarquable et imaginative : transparences des parois en verre, fontaines d'eau en reflets sur la verrière et le long des murs, piscine joliment intégrée dans
un espace de teck, mobilier design. Il n'en peut plus, le Hublot, de ces luxes et de ces voluptés, lui qui sort à peine de sa Casa de Familia rustique à souhait. Moi j'attends l'équipe, je me
demande ce qui m'attends aussi ...

Ils arrivent à l'heure dite, Martin le réalisateur (29 ans, jeans baskets) et son caméraman Jean-Michel GARCIA, un pro blanchi sous le harnais, 30 ans passés l'œil rivé à son viseur, à ses
lumières, aux personnages filmés sous toutes les latitudes, sous tous les vents, contraires ou portants, qu'importe, je filme. Mèche en bataille et regard dur, il juge et jauge vite.
Le courant passe, sur le champs : on va faire du bon boulot ensemble, mettre dans la boite vite et bien 50 plans pour qu'au montage (11 jours de boulot 12 h par jour), après, à Paris, Martin en
garde 10 qui soient visibles. 20 ou 30 heures de rushes pour un résultat de 26 minutes chrono. Le métier. Mardi prochain retour Paris pour d'autres thèmes, d'autres hommes, d'autres galères.
Martin parle, explique ce qu'il veut à l'image. J'écoute, Jean-Michel aussi. Hublot s'est absenté, il m'a soufflé qu'il allait aux toilettes, il y va très souvent, cancer de la prostate oblige.
Pauvre garçon.
Le coach arrive, Sergio, sac en bandoulière, tronche d'intello, Salman Rushdie guide touristique. Argentin, il a appris le tango, danse et culture, ... à Paris, où il a vécu 25 ans. Puis il est
revenu, a redécouvert sa ville de son regard d'expatrié. Hublot, qui est revenu, lui, des toilettes, le trouve extrêmement cultivé et exhaustif.(2)
Moi, l'exhaustivité, le scolaire, ça m'emmerde un peu. On est comme on est.
On va déjeuner tous les quatre, pour préparer le longue suite qui nous attends. Taxi pour La Bocca, le port sur le Rio où arrivèrent les marins du monde et les esclaves d'Afrique.
Ils dansèrent ensemble, le soir, sans femmes, pour espérer et rêver, sur des rythmes mêlés de traditions locales, de cadences négresses et de folklore local. Puis les femmes arrivèrent, filles de
bordels gérées par maquerelles zélées. Le tango du bordel du monde cette putain est né ici, je sais. Photo. On tourne, là, MOTEUR !
Non, camera : je dois être à la gauche de Sergio (qui porte le micro cravate), faut jamais regarder l'objectif, si Martin pose une question, faut répondre bref concis en le regardant lui et
SURTOUT PAS l'objectif, je te répète Alain que tu dois reformuler ma question au début de ta réponse, ma voix sera coupé au montage son. De acuerdo, Martin, claro que si. On déambule ainsi dans
ce Montmartre du tango porteno, cameraman et journaliste qui l'assure reculent dans la foule des bonimenteurs à touristes. Interviews des deux personnages, images colorées.
Hublot rigole. Il plane au dessus de nos têtes, virevolte et s'enfuie, revient en piqué et me dit à l'oreille :
- Assures mon gars, assures, tu l'a voulu tu l'as ...
Au moment même où il disait cela, j'ai réussi à le photographier depuis l'intérieur de son crâne, et j'ai vu à travers ses propres yeux... des amoureux qui passaient.
Retaxi pour SanTelmo, à l'autre bout de la ville : ruelles vivantes, marionnettistes dansant avec sa femme poupée, auteur vendeuse de ses poèmes à elle. Je lui achète son livre, "Lavado de
Cerebros y otros cuentos" , elle tombe à pic cette copine là ! Lavage de cerveau au Tango CinéShampoo !
Pas le temps de souffler, ni de tirer des bouifs de cigarillos chérie, on va au cimetière. De qui ? Mais de GARDEL pardi ! Demi Dieu du tango, mère française, né Toulouse, Nougaro déifié par
ex voto marbrés, sa tombe est visitée cada dia que fait Jésus par ses admiratrices ravies, rêveuses impénitentes, tangueras devant Dieu. A Carlos pour la vie. Je lui fais ma prière, qu'il daigne
de sa Grande Bonté adoucir mes plaies, et m'offrir des moments de beauté partagée aux confins du tango et des femmes et des mères. Amen.
Hublot se roule de rire sur le pavé mouillé. Car il pleut sur la ville comme la joie dans mon cœur : les cinéastes exultent, les images dans la boite.
Bon, on continue le cirque, retour à la casa départ, on va se faire des plans d'Alain qui se prépare pour milonga du soir. Et je me bichonne (dos caméra) comme jamais je ne fais, eau de toilette
par-ci, bonbon menthe par-là, chemise blanche et tricot, veste cuir on y va. Cinq minutes quand même, les yeux clos sur mon lit, se ressourcer un peu, oublier le Hublot et le matos photo.
Milongas milongas, bals de tango à nous, nous sommes des conquérants, médiatic arm au poing, on va se faire d'abord la Confitería Ideal, haut lieux fort luxueux du tango traditionnel,
confiseries, chaussures, la panoplie est là, elle nous attends bien sûr. Patatras, petit drame, la douairière propriétaire des lieux n'entends nullement nous autoriser à tourner : on a assez de
pub comme ça, passer votre chemin Messieurs !
Tiens, dehors, la vie continue.....
Secunda milonga, à El Pial c'est sûr qu'on pourra, Sergio a tout prévu, sauf que ce soir on ne peut pas non plus, malgré force négociation, c'est pas la même personne qu'il a eu au bigophone.
Martin commence à s'énerver, il faut absolument des images d'Alain el novio qui tente le tango d'ici.
Repli tactique sur Los Besos, un bal tradi de quartier, en el barrio Once, calle Balmanera. Pas de problème, accueil ravi de l'aubaine et chaleureux. Aux petit oignons pour nous, les
organisatrices nous placent à la bonne table, d'où Jean-Michel pourra filmer tranquille la trop fameuse mirada, cabeceo, contrat de regards et gestes échangés entre le milonguero et la danseuse
qu'il convoite : si elle ne détourne pas les yeux mais soutient l'invitation tacite, alors l'accord se noue pour la prochaine tanda, cette série de trois ou quatre morceaux de musique à l'issue
de laquelle il la raccompagnera à sa table.
Bel et bon, Los Besos. Sauf que les danseuses ont en moyenne soixante dix ans, les chance qu'il t'en claque une de mort subite (pas du nouveau né) entre tes bras ne sont pas totalement nulle me
parece. Hublot, du plafond d'où rien ne lui échappe, est tout à fait aux anges. Ce salaud veut ma mort à moi, j'en suis sûr, je maugrée et maudis, in petto, et Hublot et le sort mauvais qui nous
poursuit ce soir. Faut y aller, coco, on n'est pas là pour enculer des mouches mais pour faire des images. Mais des images de quoi, Monsieur le Réalisateur ? De Bibi dans une maison de retraite ?
On voit que c'est pas toi qui danse !
Faut y aller. Pas de mal à trouver le regard et l'accord de Nilde, benjamine relative de cet avant chambre mortuaire... Passionnaria du bal, elle comprends le topo, et, pecho a pecho, me place
séance tenante des séries délirantes d'ochos avant musclés. Mi amor. Elle agrippe mon cou (il est fragile mon cou) de sa main gauche serrée comme si elle avait attrapé un poulet, et recule en
tempo dans le Gardel scandé. La totale, d'entrée ! Bueno, vamos a caminar Nildre, tranquile, on se calme, j'ai pas vingt ans non plus ! A la deuxième tanda, trois danseuses plus loin, elle se
calmera un peu, et , cou enfin dégagé, je pourrai (me semble-t-il) améliorer la chose. C'est pas qu'elle est mauvaise, Nilde Mi Amor, c'est que la caméra l'a surstimulée ! C'est fou comme la
présence d'une camera change les données d'une situation. Hublot déclarera à ce propos, sentencieux :
- Il s'agit d'un biais, au sens sociologique du terme, Alain.
Je l'aurais claqué ! Sentant qu'il en faisait trop, il prit l'air faussement contrit et me susurra à l'oreille, alors même que j'étais en pleine suggestion de à ma partenaire :
- On a les tangos qu'on mérite, Alain. Tu te souvient du "Bal", ce film italien (Ballando) d'Etorre Scola, couleur, 1983 ?
- Oui, je me souviens du "Bal", Hublot.
- Et bien, tu y es au bal, allez, danses, danses, danses !!!
Dix taxis, deux repas et cinq milonga plus loin, me voici donc rentré à la Casa de Familia avec mon Hublot tout mouillé de s'être roulé dans le caniveau de la Chacarita, cimetierre de GARDEL, et
d'avoir pleuré de rire depuis le plafonds des Baisers.
Les hublots se mouillent par gros temps.
(2) www.sergiobuenosaires.com
http://fr.wikipedia.org/wi
http//www.evene.fr/cinema/films/
http://www.tangoinhereyes.blogspo
Tu m'as fait tordre de rire avec Nilde, Hombre! ; que fué puede ser la mujer de tu vidad !! y tu, pobrecito, la déjo ...un Pollo tu eres ...y nada mas ...te quiero Amigo!!
Si, un pollo y nada mas !
CRIIIIIIISSSSSSS de beau voyage.
ouah
salut alain.....lol : ouais, tu vas danser où l'an prochain, faut que j'y sois!
héhé
je me rappelles cette photo, ouais jme marre bien, lol
dis, au fait tu peux m'envoyer son email au dessinateur australien?....jai pas eu le temps de la lui prendre en partant.....
ciao
pascal
therewasaboi__allen@hotmail.com
ou bien, sur Face Book : Allen Leslie Morfoot
Salut Alain! je vais regarder l'émission avec plaisir et nostalgie, ahhhhhhh, héhéhé. bisous pascal
Hohoho ! Prépares ton carnet de bal pour l'an prochain !